L'enjeu de ce siècle...

Le conflit entre population et mode de vie d'une part, changement climatique et épuisement des écosystèmes d'autre part, deviendra tel, vers 2050, que seules des politiques jugées utopiques aujourd'hui ont des chances d'apporter des solutions assez vite. Or le plus souvent nous accusons une politique d'utopie avant même d'avoir pris le temps de la comprendre.
Les attitudes[1] et comportements[2] humains déterminent comment nous agissons et réagissons seuls, en groupe, en équipe, ou en société, et comment nous vivons ensemble nos institutions. Ils n’ont changé qu’extrêmement lentement depuis des siècles. Or il va falloir ‘que cela change’ bien plus vite pendant ce siècle. Si ce qui suit vous convainc, alors les travaux du Comité Bastille vous intéressent, et vous êtes le bienvenu.
Un seul exemple : comment, depuis 2009, nos gouvernants décident et agissent face à la crise économique, sociale et monétaire que nous appelons incorrectement Crise de l’Euro et qui est interne à l'UE. De toute façon, trop lentement ! Leur inefficacité nous semble fatale, et prévue. 
Mais après tout, jusqu'à présent, ‘cela a marché’ tant bien que mal, à la va comme je te pousse. Après chaque crise, on aura créé des lois (pas toujours appliquées), des institutions (qui souvent doublonnent celles qui existaient déjà mais qu’on a oublié), publié des best-sellers à la mode pendant un ou deux ans, … et de toute façon la vie continue. 
Périodiquement, nous déplorons de nombreux dégâts, drames, crimes, cataclysmes, erreurs graves, mais au total nous nous retrouvons un peu plus nombreux, vivant un peu plus vieux qu’avant, plus informés qu’avant, travaillant un peu moins d’heures, dans une ville qui a grandi ou dans un paysage un peu plus bétonné. Le contenu du surplus d’information qui nous noie nous laisse un peu plus sceptiques, mais finalement, quoi qu’en disent des media toujours critiques et alarmistes, il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
Voici pourtant ce qui change d’un siècle à l’autre, qui, pour la première fois, va exiger qu’attitudes et comportements permettent des actions plus ambitieuses et plus rapides, avec un moindre droit à l’erreur.
a)      La population mondiale augmentait de plus en plus vite pour atteindre un peu plus de 7 milliards aujourd’hui. Sa croissance ralentit, et elle plafonnera vers 10 à 12 milliards dans quelques décennies.[3] Mais dans quelques pays[4] le vieillissement des uns a déjà commencé à sur-compenser la natalité et l’immigration des autres, et vers le milieu de ce siècle une lente dépopulation planétaire pourrait commencer. Ce serait la fin de la fameuse croissance, la vraie, celle de la demande par la démographie. Pour la gérer, il nous faudra un nouveau mode de vie … Mais ce n’est pas tout.
b)      Nos gouvernements réussissaient à gérer le pays et à se faire réélire en achetant leur popularité par des dépenses d’intérêt social ou public : Les budgets nationaux[5] laissaient augmenter soit la pression fiscale[6], soit la dette extérieure, soit le déficit, et parfois le tout en même temps. La taxation croissante des revenus et bénéfices décourageait de plus en plus l’investissement à très long terme[7], que l’inconscient collectif laissait à la charge de l’État. Aujourd’hui, les mille individus les plus riches détiennent 2%[8] du patrimoine du monde, tandis que les États en sont à la limite de la dette, des déficits, et de la pression fiscale. La dette non-maitrisée provoquera un ou plusieurs crises financières graves pouvant tourner à la grande dépression aux conséquences pires que celle de 1931-36. Il faut trouver un nouveau modèle fiscal… Et il faudra en tout cas taxer la fortune même (patrimoine, ou Actif Net), et non plus les revenus.
c)       Nos entreprises restaient gérées en fonction d’un Droit des Sociétés défendant essentiellement l’actionnaire détenteur du pouvoir souverain ; d’un Droit du Travail donnant aux salariés de quoi lui résister, d’un Droit Commercial protégeant les parties prenantes d’un contrat… La vague de trois décennies de dérégulation générale a permis à une profession financière de s’octroyer le pouvoir de s’enrichir aux dépends des salariés et contribuables et des ressources naturelles sans même avoir besoin, trop souvent, de risquer ses propres capitaux. Il faut créer un Droit de l’Entreprise fixant les règles par lesquelles sont rétribués ceux qui contribuent dans la durée, en commettant toutes leurs ressources et pas seulement leur épargne, à une authentique création de richesses, et à une pérennité compétitive de leur entreprise. Il faut à nouveau réglementer l’accès aux marchés boursiers, et la profession bancaire.
d)      Nous faisions confiance à la stabilité du climat de notre pays. Je ne sais pas encore si les causes du changement climatique que nous observons sont entièrement naturelles ou en partie causées par l’être humain, mais je sais que le niveau de la mer monte, et que la sécheresse gagne du terrain. Les décevants sommets Rio +20 et COP21 nous ont encore confirmé que la régression mondiale de la forêt comme des insectes pollinisateurs avance parallèlement au recul relatif de l’extrême pauvreté[9] parce que le modèle généralement accepté suppose que sortir de la pauvreté veut dire devenir consommateur, donc polluant et destructeur d’écosystèmes. Il va falloir apprendre à investir à très long terme dans l'habitat bon marché et énergétiquement neutre, la reconquête de l’eau douce, les énergies biocompatibles, des activités agricoles et manufacturières biocompatibles, « bouclées »[10], localisées à proximité  de leurs marchés finaux.
e)       Nous nous sentions heureux d’être des loyaux partisans, convaincus que notre parti politique défendait l’intérêt général véritable, et prêts à combattre ceux de l’autre camp qui, on le sait bien, nous mèneraient à notre perte si on leur donnait leur chance. Aujourd’hui nous découvrons que la dernière liberté qui reste au citoyen, c’est l’occasion souveraine qu’il a, périodiquement, de confirmer la légitimité de son gouvernement, ou de le mettre à la porte en votant pour l’équipe de rechange; et encore, avec ce qui reste de cette équipe de rechange après un jeu de massacre appelé Primaires. Il nous faut donc bien au moins deux partis[11] capables de gouverner. Donc il est aussi vain de lancer l’anathème à cet autre parti dont l’existence même est la condition de l’alternance des pouvoirs. Il faut dépasser l’esprit partisan, redécouvrir la confiance en l’être humain de bonne foi et de bonne volonté, et prendre le temps d’être d’accord sur la vraie cause de nos désaccords.
f)        Nous avions bien enracinées dans nos comportements la pratique du débat démocratique : Se jeter à la tête des arguments antagonistes. Lancer des accusations rendues crédibles par l’entretien des malentendus facilitant préjugés, jugements a priori et procès d’intention. Ainsi, bien se positionner sur l’échiquier politique, affirmer hautement sa loyauté partisane à travers de brillantes joutes oratoires, et conclure par l’appel au peupleTout cela étant perfectionné par la nouvelle pratique de la Post-Vérité ou Vérité Alternative... Il va nous falloir accélérer dans nos débats publics la prise de décision consensuelle, et trouver une autre discipline, qui donne la parole aux propositions constructives, et non plus à l’entretien par l’enthousiasme véhément des controverses déjà connues. Cela ne peut se passer qu'à l'échelle locale…
g)      Nous considérions que nos institutions devaient exprimer tant bien que mal des valeurs éthiques communes a la majorité des citoyens, sans distinguer si ces valeurs dirigeaient nos actes envers l’autre, ou bien guidaient simplement nos convictions et habitudes privées et intimes. La majorité, forte de ses 'convictions sacrées', d’ailleurs consacrées par les mythes et archétypes de notre Histoire, prenait sur elle le droit de condamner une minorité dont les intentions réelles étaient connues à l’ avance d’autant mieux qu’elles étaient annoncées, voire encouragées, dans leurs dangereux livres saints.[12] Il va nous falloir pratiquer rigoureusement la laïcité, interdire à tout gouvernement de s’immiscer dans la vie intime et métaphysique de l’individu, tant que ses actes respectent la loi civile ;[13] mais être d’autant plus stricts, alors, quand ce respect est bafoué, ce qu'il est de plus en plus depuis 1985.
h) Nous étions fiers de notre pays. Notre patriotisme naturel entretenait une prédisposition au sacrifice par loyauté envers l’intérêt supérieur de la nation qu’on voulait souveraine avant tout. Une « bonne guerre » de temps en temps avait au moins l’avantage de stimuler l’innovation technologique, une relance par la reconstruction, un sain renouvellement de nos classes dirigeantes... Aujourd’hui nous savons que la guerre est la pire des solutions, coûte toujours bien plus cher qu’elle ne rapporte, et risque de détruire dans notre société les structures mêmes – physiques, institutionnelles, culturelles – qui en assuraient la cohésion tant bien que mal. Une Union Européenne de 29 pays et bientôt plus (car le Brexit n'aura pas lieu avant au plus tôt 2019) avait au moins réussi à écarter absolument l’option de la guerre entre ses membres. Nous devons réussir à la faire fonctionner sans déclencher en contrepartie une crise économique destructrice. En outre nous sommes bel et bien en guerre: L'agresseur est le fascisme islamique. La guerre qu'il nous mène trouve ses origines en 1948 mais est devenue mondiale depuis 2001.
Et en conclusion: Depuis le Néolithique, nous nous comportons comme si les ressources naturelles étaient gratuites et inépuisables, et notre vision de l’environnement s’est limitée à réglementer quelque peu une pollution abusive. Certes nous avons appris que la gratuité de l’eau arrivait à sa fin, et que le rêve de l’énergie gratuite était utopique ; et nous nous préparions à payer de plus en plus cher pour en disposer. Mais nous avons aussi appris que nous sommes en train d’assassiner les plus gigantesques outils de la dépollution naturelle et gratuite, qui sont les écosystèmes eux-mêmes. Un monde d’où disparaissent de plus en plus vite thons et morues, forêts et humus, abeilles et libellules, cétacés et oiseaux de proie, hirondelles et moineaux risque de devenir un monde ou le maintien de tout écosystème va coûter de plus en plus. Ou alors il deviendra aussi stable et desséché que la surface de la Lune. Et ceci arrivera alors même que nous découvrons (voir b).) que nous n’avons plus de ressources ni publiques ni privées pour financer les investissements à très long terme qu’il faut pour produire localement l’énergie, pour sauver les nappes aquifères, pour reboiser et reconquérir des sols arides. Il est merveilleux que sur ce point Jean-Marc Jancovici et Pierre Rabhi[14] se rejoignent. Il nous faut remettre en question notre vision du monde et de la place de l’être humain dans le règne vivant, et inventer les comportements qui sont cohérents avec elle.

[1] États d’esprit, prédispositions mentales à agir, intentions a priori, « savoir-être ».
[2] Ensemble des actions et réactions d’un individu dans une situation donnée.
[3] Source: ONU. Noter que cet accroissement de population était et reste largement causé par la hausse de l’espérance de vie. Le taux mondial de fertilité (nombre d'enfants par femme) a chuté de 4,9 en 1950 à 2,4 aujourd'hui. L'ONU évalue qu'il tombera à 2 vers 2050.
[4] Japon, Allemagne, Russie, Ukraine…
[5] État, régions, collectivités, sécurité sociale et transferts sociaux…
[6] Rapport de la somme des prélèvements obligatoires au Produit Intérieur Brut.
[7] Par le biais de l’amortissement, voir document: Fiscalité etComportement Humain.
[8] Classement de Forbes Magazine.
[9] Si on admet que l’individu extrêmement pauvre cesse de l’être quand il commence à consommer, ce qui est discutable… Le seuil de l’extrême pauvreté est fixé en 2012 à $1.25 par jour de ressources. Nous contestons ce critère, et lui préférons l’espérance de vie.
[10] Les déchets sont nuls, ou recyclés sous forme de coproduits.
[11] Trois, c’est mieux, parce que cela ajoute l’option des scénarios de coalitions…
[12] Pour ceux qui douteraient que les judéo-chrétiens auraient pour réelles intentions la conversion de tous les mécréants par le fer et par le feu, nous recommandons la lecture de Deutéronome 21, notamment les versets 10-14, dans l’Ancien Testament. Ce n’est là qu’un exemple …
[13] Les Français pratiquent le moins mal la laïcité, mais encore leur faut-il l’apprendre, pour la défendre d’autant mieux que ce sera dans le respect de l’Autre dans sa vie intime.
[14] Voir www.manicore.com/ et http://www.pierrerabhi.org/blog/



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