mardi 1 août 2017

Chronique d’Uber, une faillite potentielle aux relents de scandale que le Projet Taxe sur l’Actif Net (TAN) aurait retourné comme un gant à l’avantage des fournisseurs comme des actionnaires

Uber est devenu le modèle de nombreuses start-ups rêvant de devenir une autre GAFA[i]. Son nom a même donné naissance à quelques néologismes : « ubériser » ou « ubérisation », phénomène lié aux nouvelles technologies qui consiste, de manière quasi instantanée, à mettre en relation directe professionnels et clients à un coût de revient très réduit et ce en allégeant à l’extrême les formalités pour les usagers. Principe de l’économie collaborative, mais aussi de la précarisation du travail.
Uber est devenu un acteur majeur du monde technologique, valorisé aujourd’hui à près de 70 milliards de dollars, mais toujours pas introduit en bourse. L’entreprise n’a donc aucune obligation de rendre ses comptes publics.
Bloomberg a pu analyser les documents remis aux investisseurs. L’EBE (excédent brut d’exploitation), pour alléger cette présentation de termes comptables rébarbatifs, était négatif à hauteur de 520 millions de dollars au 1er trimestre 2016. Au second trimestre, il s’est encore amplifié pour atteindre 750 millions de dollars. En un semestre, les pertes du groupe s’élèvent ainsi au moins à 1.27 milliards de dollars pour un chiffre d’affaires d’environ 2.1 milliards de dollars, soit une rentabilité de – 57 % !

Au dernier trimestre 2016, Uber a même perdu 100 millions de dollars sur le seul marché des Etats-Unis habituellement rentable. Depuis son lancement en 2009, Uber a donc accumulé plus de 4 milliards de dollars de pertes.
Afin d’établir un parallèle avec les autres grands noms du web en forte croissance qui réalisent aussi des pertes, compréhensibles à ce stade de développement, mais d’une ampleur bien moindre, reconsidérons les estimations des chiffres de 2015 :
  • Airbnb ferait 900 millions $ de CA et 150 millions $ de pertes, soit -16,7%
  • Twitter réalise 2,2 milliards $ de CA et 521 millions $ de pertes, soit -26%
  • Tesla réalise 4 milliards $ de CA et 888 millions $ de pertes, soit -22,5%
  • Uber ferait 1,5 milliards $ de CA et … 2 milliards $ de pertes, soit -133% !

Ainsi, si des pertes sont logiques dans le monde des start-ups, le temps de s’imposer sur le marché, celles d’Uber vont bien au-delà des autres acteurs.
8 ans, 85% de part de marché VTC et aucune rentabilité. Avec des parts de marché équivalentes, Microsoft ou Apple au début de l’IPhone avaient amassé des trésors de guerre pour financer leur croissance.
A titre de comparaison, citons Amazon qui, dans son année la plus sombre (2000) n’avait perdu « que » 1.4 milliards de dollars.
Culture d’entreprise toxique, échec de ce business model ?
Le départ forcé de son PDG fondateur, Travis Kalanick, est vu par bon nombre comme un acte d’enterrement de ce business model qui remet fondamentalement en cause le modèle de notre société puisqu’il précarise le salariat et contrevient aux diverses réglementations existantes. Pour preuve toutes ces villes ou pays qui l’interdisent.
Certains minimisent l’impact de ce business model mais affirment que seule la culture toxique de l’entreprise est en cause. L’état des lieux des comportements illégaux ou douteux est par ailleurs exhaustif.
C’est cette seconde voie qui a été retenue par l’exécutif d’Uber : moralisation des pratiques et désignation en premier lieu d’un bouc émissaire en remerciant « TK », puis retour progressif à la normale.

Et alors ?
Quel que soit le métier considéré, il arrive un moment où une entreprise doit montrer qu’elle peut gagner de l’argent.
Uber a levé énormément d’argent (16 milliards de dollars en levées de fonds et dettes) et se porte apparemment bien car elle dispose de plus de 4 milliards de trésorerie. Les investisseurs suivent toujours. Néanmoins, dans toute entreprise, il est d’usage d’attendre que le seul client paie les salaires. Quand au bout de presque 8 ans ce sont toujours les investisseurs qui font la paie, alors que l’entreprise est en position dominante sur la Terre entière, il semble alors qu’autre chose ne fonctionne pas.

La stratégie !
A l’instar des Facebook, Amazon et Google, le principe consiste à investir énormément pour se retrouver en position dominante sur son marché. Dans ce modèle, la taille et l’ancienneté conféreront le seul avantage pour être compétitif. Une fois la concurrence éliminée, il est alors possible d’appliquer la politique tarifaire de son choix.
Dans le cas de Facebook, la firme possède le plus grand nombre d’utilisateurs doublé d’un historique puissamment utilisé. S’en passer pour aller sur une autre plateforme est impensable sauf à accepter de tout reconstruire.
Amazon a le plus grand réseau de fournisseurs et une logistique sans équivalent.
Quant à Google, son moteur de recherche est tellement efficient et ancien que tout nouveau prétendant devra s’armer de temps et de sommes considérables avant de grignoter ses parts de marché.
Dans le cas d’Uber, rien de tout cela. Rien n’empêche l’utilisateur de changer de plateforme pour trouver un service équivalent et surtout, pas d’avantage technologique majeur qui justifie d’y rester. Passer sur la plateforme LeCab ne demande guère plus de cinq minutes pour trouver un service au moins aussi bien. Il en est de même pour les chauffeurs de VTC qui peuvent cumuler l’usage de plusieurs prestataires.
Ensuite, la somme des contentieux et des mécontentements provoqués par Uber font qu’une adaptation des différents acteurs est en cours. Les taxis réagissent et améliorent leurs services ; les statuts fiscaux et sociaux des chauffeurs de VTC vont progressivement se définir, la rentabilité deviendra donc plus difficile, gageons également que quelques redressements arriveront.
Enfin, le modèle même d’Uber veut que les besoins en RH augmentent corrélativement au CA. Plus de clients, plus de prestataires, plus de ressources pour les gérer. Exit le modèle des coûts fixes.
Certes Uber s’est retiré du marché chinois responsable d’un milliard de dollars de pertes, prise de participation de son concurrent chinois à la clé.
Certes Uber a investi dans son acquisition marketing et dans son développement numérique.
Certes Uber investit dans la recherche et le développement des voitures autonomes. Il y aura des voitures autonomes, c’est certain. Mais quand ? Pourquoi Uber serait-il plus avantagé qu’un autre sur ce marché ?
Nous pouvons même imaginer que sa base installée sera un réel handicap par rapport à ses concurrents qui n’auront pas à composer avec des milliers de chauffeurs qui s’opposeront à la disparition de leurs métiers.
Les tous prochains mois nous dirons si l’entreprise a trouvé le bon chemin de la rentabilité. L’exemple d’autres acteurs déjà nommés encouragent les investisseurs à tenir bon…
Une chose est sûre, en cas d’échec, nous connaîtrions le premier cas de faillite d’envergure pour un acteur de la nouvelle économie synonyme jusque-là, et à cette échelle, de nouvel eldorado pour ses actionnaires.
Ce qu’en pense le Comité Bastille : Comment le Projet TAN facilitera les start-ups, favorisera la moralisation de leur financement, et arrêtera le pillage des acquis sociaux
Il s’agira moins de juger de l’effet d’une telle introduction en bourse, si elle arrive, ou de la bulle planétaire formée par des acteurs de cette financiarisation débridée.
Il s’agira par contre d’affirmer que le projet fiscal que nous portons est toujours de nature à combattre les montages juridiques et financiers offshores coutumiers de ces entreprises.
Enfin, que ce serait-il passé si le modelé fiscal avait été le Projet TAN : pas d’impôts sur les revenus, y compris sur les transactions financières, impôts sur les actifs nets des seuls actionnaires physiques à sa place ?
Supposons que le taux de TAN est une moyenne de 1,9%.
Tant qu’Uber n’est pas coté en bourse, valorisation fiscale fondée sur l’actif net au 31/12 de l’année précédente. Les fonds propres abondés par les actionnaires sont taxés sur leur chiffre tant qu’ils restent en trésorerie. Dès qu’ils sont investis, sur la valeur liquidative au bilan des dits investissements. Ce ne sont ni des usines ni des terrains ni des machines. Cette valeur est très faible à condition d’investir vite, ce qui est l’intérêt d’Uber.
Par contre dès qu’Uber est introduit en bourse la valeur est celle du cours de l’action. Les actionnaires n’auront pas intérêt à ce qu’elle atteigne 50 ou 70 milliards sur lesquels la TAN totale atteindrait 1,33 milliards à charge de ces seuls actionnaires. La première chose à faire est donc de retarder l’OPI ou mieux : de rester une entreprise privée. En effet :
La TAN payée par l’actionnaire sur ses actions est calculée sur l’actif net comptable de l’entreprise. Dans le cas d’Uber, la conversion des liquidités investies (qui tant qu’elles restent liquides sont évidemment valorisées à leur valeur liquide) en investissements productifs et surtout en dépenses de Recherche et Développement dont la valeur liquidative est minime (un prototype de voiture sans chauffeur vaut au bilan le prix de la ferraille tant qu’elle n’est pas commercialisable) a pour effet d’alléger la TAN due à l’extrême.
Par contre dans ce bilan servant de déclaration fiscale à l’actionnaire personne physique (rappelons que l’entreprise comme l’employé se payent plus d’Impôts sur les Revenus), Les dirigeants et actionnaires d’Uber comme de toute entreprise auront tout intérêt à faire apparaître tout engagement hors bilan[ii], donc apparaître un passif social représenté par la protection sociale de ses fournisseurs, savoir les opérateurs-propriétaires de VTC[iii]. Ce passif sera évalué suivant des formules d’analyse de risque bien connues des compagnies d’assurance : Le plus le fournisseur sera protégé (assurances chômage notamment, retraites complémentaires, etc.), le mieux Uber participera à sa protection sociale, le plus élevé sera le passif qui représentera le risque potentiel assumé, et qui diminuera son actif net donc la TAN payée par ses actionnaires ! Evidemment il faudra légiférer pour que le fournisseur VTC soit assimilé au cas déjà légalement prévu du contractant dépendant, c’est-à-dire du salarié, au titre de la protection sociale. Mais cette question est déjà à l’ordre du jour… Alors qu’actuellement les sociétés ont tout intérêt à s’introduire en bourse pour maximiser leurs plus-values, et à réduire toutes leurs dépenses y compris salaires et protection sociale pour maximiser leurs profits !
Exemple d’outils employés : La firme Uberisée aura la liberté de nantir (pledge) une part de ses actifs liquides ou quasi-liquides en garantie d'une protection sociale accrue (entendez: au-delà de celle minimale apportée par la Sécu) de ses fournisseurs ayant signé un engagement à durée indéterminée faisant d'eux des fournisseurs dépendants. Le montant de cette part sera donc de ce fait une garantie de la dite protection. L'actif n'a pas changé. Au passif apparaît le même montant. L'actif net a diminué du dit montant. L'actionnaire paye moins de TAN. Le fournisseur bénéficie d'une protection sociale accrue, d'abord une meilleure assurance chômage, ensuite une retraite complémentaire qui peut être capitalisée, ensuite des assurances santé complémentaires (dentaires, lunettes, etc.). Bien entendu le nantissement se fait au profit d'une troisième partie qui est une compagnie d'assurances. Et Uber, comme toutes entreprises, ne payera plus d’Impôt sur les Sociétés (IS sur les bénéfices des sociétés) ni d’impôts équivalant à des impôts sur les revenus.
Et Uber, comme toutes entreprises, ne payera plus d’Impôt sur les Sociétés (IS sur les bénéfices des sociétés) ni d’impôts équivalant à des impôts sur les revenus.

Éric Wallez
Trésorier, membre du Comité Exécutif






[i] Google Amazon Facebook Apple…
[ii] En comptabilité, le hors-bilan désigne habituellement un engagement, une garantie ou une activité de financement ne figurant pas au bilan de l'entreprise, que ce soit à l'actif ou au passif, parce qu'il ne répond pas aux principes de comptabilisation. Si on les fait apparaitre au bilan on augmente le passif donc on diminue l’actif net, donc la Taxe payée sur L’Actif Net diminue.
[iii] Voitures de Transport avec Chauffeur

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