vendredi 23 juin 2017

Les jeunes Européens votent à gauche, et pour l'Europe qui accepte mais inclut les différences. C'est là qu'ils trouvent à rêver et à espérer.

Les jeunes vont-ils réinventer la roue et répéter certaines erreurs du passé comme en Mai 68, ou au contraire remonter aux sources de l'Europe, celle de la même loi pour tous, tout en incluant l'Autre (inclusion additive) ? Celle des différences qu’on vit ensemble au lieu des affrontements dogmatiques ?

Jeremy Corbyn, le dinosaure de l’Étatisme 
et des nationalisations,
fait un tabac chez les jeunes britanniques.


Des jeunes européens polyglottes et voyageurs, les Français comme les autres.
C’est ce que propose Bernard Barthalay, Président de Puissance Europe, dans  son blog sur World Government Research Network, voir http://wgresearch.org/macron-brand-stand/.  Ce papier s’adresse aux jeunes Européens polyglottes et voyageurs, qui apprennent en allant parler à l’autre chez lui au lieu d’étudier dans les textes publiquement accessibles. Il est donc en anglais. Je le résume et le commente.
En Grande Bretagne, Agnès Catherine-Poirier (Marianne, 17 Juin) écrit que 70% des jeunes de 18 à 25 ans ont voté le 8 Juin, et ils ont voté pour Jeremy Corbyn, travailliste, que les médias décrivent comme un dinosaure socialiste de Grand-papa.
Jean-Luc Mélenchon a mieux tiré son épingle 
du jeu électoral que le reste de la gauche. 
Les jeunes y sont pour beaucoup.

Jean-Luc Mélenchon, que beaucoup décrivent comme le revenant du Marxisme soit pré-Lénine, soit révisé par Spinoza comme le propose Frédéric Lordon, a fortement séduit les jeunes.
Bien sûr, ce sont des utopistes ! Mais attention: Le modèle socio-économique dominant en Europe comme en Amérique est arrivé à combiner l'austérité, le chômage, la croissance fatale des inégalités, l'aliénation qui va avec, le refus de l'étranger mais la tolérance de la corruption planétaire, le tout marqué de l'estampille de Maggie Thatcher garantissant qu'il n'y a pas d'alternative. Et surtout pas celle qui vous donnerait les raisons de rêver et d'espérer. Nous croyons que l’utopie, aujourd’hui, c’est de croire que ce modèle peut survivre longtemps.


Oublions la concurrence par les bas salaires et les subsides. La clé de la bonne porte est fiscale. L’Euro est là pour rester.
Ces jeunes d'aujourd'hui sont beaucoup plus lucides et concrets que leurs ainés de Mai 68, qui pourtant avaient commencé à poser les bonnes questions.
Joschka Fischer était un de ces ainés. Il avait muri quand en 2000, devant un auditoire de la Humboldt University, il expliquait que l’Allemagne était prête pout une Fédération européenne dans la ligne envisagée par Jean Monnet et Robert Schuman quand en 1954 ils proposaient une Communauté Européenne de défense (CED). Les Français d’alors (Mendès France) ne saisirent pas l’occasion. En 2000 (Chirac-Jospin-Védrine) non plus. Au Conseil Européen de Nice (Sept. 2000), Gerhard Schröder demanda donc de rompre la vieille règle de papa-Jean-Monnet qui fixait l’égalité de voix pour la France et l’Allemagne dans les votes européens malgré la différence de population. Il marqua ainsi un retour à l’Europe des Nations souveraines, qui commença par les réformes Hartz du marché du travail allemand (réduction coordonnée des salaires et du chômage).
L’Euro venait de naître. Sur de mauvaises bases, comme tous les monétaristes ont aussitôt déclaré, mais né quand même, et comme toute monnaie il a trouvé sa vie propre. Dans ma carrière depuis sa naissance (1999), j’ai échangé des euros cash au cours officiel en Chine du Nord, à Sumatra, au Brésil ou en Croatie sans la moindre question, comme j’aurais échangé des Thalers d’argent en Russie en 1699... Mais le Système Monétaire Européen (SME), né comme un mécanisme de stabilisation des cours par l’ajustement des échanges, est devenu avec l’Euro un mécanisme de stabilisation par le chômage, dit de déflation compétitive.
Emmanuel Macron, dénonçant la génération perdue d’éternels demandeurs de boulots toujours précaires, a déjà parlé d’en sortir par une union fiscale. Mais Wolfgang Schäuble, jusqu’à présent, est resté hostile à toute réforme qui pourrait être vue comme du Tax and Spend : Taxer pour Dépenser. Il insiste pour que la France exécute sa fameuse réforme du droit du travail. Il a raison. Mais nous savons depuis bien vingt ans que c’est impossible avec les niveaux de chômage actuels.

Pile : On gagne tous. Face : tous les autres sont perdants…
Cependant, continue l’auteur, cette fois-ci notre nouveau Président a une corde de plus à son arc jamais utilisée jusqu’alors, et peut offrir à l’Allemagne un choix gagnant-gagnant (Win-Win en franglais).
Ou bien l’Europe, par l’union fiscale, revient au projet fédératif de ses fondateurs, et on sort de l’ornière ou nous sommes tombés avec l’Euro ;
Ou bien la France, suivant le modèle de la Suisse et de la Hollande, engage seule une double réforme : Une très large décentralisation déléguant aux régions et collectivités une grosse masse fiscale, et une fiscalité dont les recettes viendront plus du patrimoine que des revenus. Le premier pas vers le Projet Taxe sur l’Actif Net, autrement dit. Et Bernard Barthalay souligne que cette fiscalité donnerait à la France un double avantage compétitif : la mise au travail de tous ses actifs dormants qui sont considérables[i], et la baisse des Impôts sur les Revenus qui ne ferait que la rapprocher de la moyenne européenne tout en suivant l’exemple des Pays Bas[ii] et de la Suisse[iii].
Mais une réforme de cette ampleur pose la question de la légitimité démocratique, qui est gravement déficiente.
L’auteur, ici, rejoint les propositions de Michel Aglietta pour une démocratie à deux étages, voir son ouvrage[iv] à http://www.seuil.com/ouvrage/la-double-democratie-michel-aglietta/9782021342697 et le replace dans un contexte historique frappant :
L’Europe des dogmatismes, dit-il, a échoué gravement deux fois.
En 1954 (tentative de défense européenne), quand les dogmatiques de d’Atlantisme s’opposaient à ceux des Lendemains qui Chantent, ceux des Non-Alignés, et ceux des Germanophobes indéfectibles : Les dogmatiques du passé.
En 2005, le projet de Traité Constitutionnel fut rejeté par 55% des Français parce qu’il laissait l’Euro sans une union fiscale, et laissait les Affaires Etrangères, la Défense et le Renseignement aux mains des Etats. Partis politiques comme gouvernements conclurent à tort que l’Europe avait été rejetée. C’était faux. On savait alors que 70% des Français voulaient l’Europe. Mais pas l’Europe pilotée par les lobbies de la financiarisation comme François Morin le dénonce[v]. Une Europe ou la souveraineté revient au peuple.
Cela semblerait être le pari de Macron, notamment quand il cite Paul Ricœur son maître à penser.
La légitimité doit reposer sur un « Arc constitutionnel » (Nelson Mandela dixit) réunissant tous les partis adhérant aux valeurs démocratiques fondant l’UE, donc large, allant en France du PS aux Républicains, comme ce fut le cas en 1946 (fondation de la IVe République) et en 1958 (fondation de la Ve) ; et non pas sur un parti momentanément majoritaire mais enfermé dans un dogme rigide, comme en 1954 et en 2005 (une erreur que Theresa May vient encore de répéter !). Aujourd’hui, un dogme paralysant est celui de la souveraineté nationale fondée sur une différence identitaire. Le raz de marée soutenant LREM mais avec cependant une forte abstention traduit bien ce large consensus d’une part, mais le rejet des compromissions du passé, des dogmes paralysante et des politiciens professionnels cumulant les mandats d’autre part. Plusieurs commentateurs l’ont bien traduit : Les Français demandent à voir…
Ils devraient voir favorablement l’invitation à un large débat englobant les questions de marché, de la monnaie, du budget et de la dette, et y répondant par la démarche démocratique double que propose Aglietta : Au niveau national, et au niveau européen. Les deux, ensemble, fondant que la Reconnaissance de l’Autre prime sur le repli identitaire protégé par le juridisme figé. Les deux, ensemble, servant à être d’abord d’accord sur ce sur quoi on n’est pas d’accord, pour laisser au temps et au travail en commun la chance de dissiper les malentendus, préjugés et procès d’intentions hérités de l’Histoire. La chance aux processus antagonistes de laisser mûrir les synthèses.
Penser et agir en même temps entre les traditions libérales et socialistes, entre les traditions individualistes et sociales, entre l’identité née de l’Histoire et l’identité née du destin commun.
Dans un moment pré-constitutionnel donc fondateur, c’est ce que fit le Conseil National de la Résistance.
C’est ce que firent les Italiens antifascistes dans les années 30-40, préparant leur république, qui est toujours là.
Ce que firent les démocrates allemands entre 1945 et 49 quand ils ont dit : La libre entreprise autant que possible, et l’intervention de l’Etat autant que nécessaire pour respecter la dignité humaine.
Et la Nation, et l’Europe.
Et la Liberté, et l’Egalité.
Chaque citoyen étant libre de s’accomplir suivant ses choix et ses aptitudes, et personne n’étant laissé pour compte.
L’Individu, et la Société.
Ce qui, dirait Edgar Morin, est l’essence même de l’Europe.

André Teissier du Cros







[i] Comme nous l’avons souvent souligné, la dette totale française, publique plus privée, n’atteint que 40% de son patrimoine total. Pour l’Allemagne par exemple le chiffre est de 66%, voir notre Livre Blanc 2016 La Taxe sur l’Actif Net ou Impôt Progressif sur le Patrimoine Dormant p. 40 (L’Harmattan 2016).
[ii] Le membre de l’UE qui comme la France (avec l’ISF) a conservé un impôt sur le patrimoine. Mais les Hollandais, qui sont des malins, l’appellent Impôt sur le revenu notionnel du capital. Comme ce revenu notionnel est arbitrairement fixé à 3% du patrimoine, il revient à taxer le patrimoine…
[iii] La Suisse pratique un ISF carrément appelé Impôt sur la Fortune (les Helvètes, n’étant pas membres de l’UE, peuvent appeler un chat un chat…), progressif de 0 à 3%, mais son impôt fédéral sur le revenu n’est que de 8%, sans progression.
[iv] La Double Démocratie. Michel Aglietta et Nicolas Leron. Seuil
[v] Voir L’Hydre Globale – L’Oligopole Bancaire, et L’Economie Politique du XXIe Siècle. François Morin, Ed. Lux.

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