vendredi 22 juillet 2016

Nous sommes en guerre. Et comme tout pays civilisé, nous ne sommes pas prêts.

Oui, la France est en guerre. L’Europe et l’Amérique aussi. Contre le même ennemi.
Nous sommes militairement engagés au Moyen Orient et en Afrique, et nous sommes attaqués chez nous par un terrorisme suicidaire dangereusement innovant. Nous comptons des morts en uniforme et en civil, et surtout des victimes innocentes, enfants et femmes compris.
Notre ennemi nous attaque plus précisément dans les villes et lieux de détente et de vacances (La Promenade des Anglais, le Bataclan…), pendant des fêtes officielles (le 14 Juillet…), en cherchant ses chefs d’accusation jusque dans les légèretés estivales de nos tenues vestimentaires, et dans nos activités, notamment dans celles plus irrespectueuses, conviviales et festives, ou s’exercent nos libertés d’expression (Charlie Hebdo).
Notre ennemi vise avant tout ce qui symbolise cette culture de la liberté qu’il trouve particulièrement haïssable, plus particulièrement quand ce sont les femmes qui y participent en osant afficher leur propre émancipation en robes d’été, en shorts, en bikinis ou autres maillots de bain d’une pièce et demie.
Notre ennemi nous incite, souvent avec succès, à nous affronter les uns les autres et à saper la confiance en notre police, nos forces armées, notre administration, nos institutions, et nos élus. Ces derniers ont commencé à faire le jeu de cet ennemi en s’injuriant et s’accusant d’autant plus que des élections importantes ont lieu en 2017.
La stratégie de notre ennemi est d’autant plus efficace que notre économie est étranglée par une politique d’austérité aggravant les inégalités de ressources (revenu et patrimoine) et le chômage. Un chômage qui facilite le recrutement aux terroristes. Une politique d’austérité dont les fondements sont justement contestés, et par le Comité Bastille en particulier. Un climat de défiance qui juge et condamne déjà dans leur totalité les musulmans (vingt pour cent de l’humanité), mais aussi d’autres religions, et les ethnies, communautés et origines géographiques plus ou moins lointaines que notre histoire, notre culture et nos préjugés y associe.
Depuis quand notre ennemi se prépare-t-il ?
Le 11 Septembre 2001 à New York, il montrait déjà à quel exceptionnel niveau de préparation il était arrivé.
Mais du 11 Septembre 1901 au 11 septembre 1941, cette préparation était nulle. Les peuples arabes étaient de grands guerriers, mais ils avaient montré pendant des siècles quels piètres militaires ils étaient, depuis la prise de Bagdad par les Mongols en 1257 jusqu’aux cavaliers que Lawrence d’Arabie tentait désespérément de discipliner en 1917. Parmi eux, pas de Gamal Abdel Nasser, de Saddam Hussein, d’Anouar El Sadate,  de Bashar Al Assad,  de Yasser Arafat, d’Abou Bakr Al Baghdâdi…  Ceux-là allaient venir plus tard.
Je crois – mais je peux me tromper - que le premier évènement public témoignant que cet ennemi commençait à exister et à se préparer fut le 29 Aout 1966, quand le Colonel Nasser, dictateur d’Egypte, fit pendre le poète et essayiste Sayyid Qutb.
Sayyid Qutb, cofondateur des Frères Musulmans, était un remarquable érudit théoricien de l’Islam. Il avait vécu et travaillé en Amérique pendant deux ans. Il était diplômé à la fois de l’Université du Caire et de celle du Colorado. Il a, je crois, joué pour les Frères Musulmans le rôle que Dietrich Eckart (Wikipédia https://en.wikipedia.org/wiki/Dietrich Eckart ) avait joué pour Adolf Hitler et l’invention du Nazisme entre 1919 et 1923...  Qutb a construit une théorie historique prétendant démontrer la fatalité de la menace d’annihilation que le libéralisme dit « occidental », femmes émancipées incluses, faisait peser sur le monde de l’Islam, aussi complètement que la soi-disant « conspiration juive » le faisait, aux yeux d'Eckart, sur la supposée race arienne.
Eckart et Qutb avaient aussi en commun que, bien qu’étant inventeurs de théories conspirationnistes qui allaient prétendre  justifier la mort d’innocents par millions et plus, eux-mêmes de leur vivant n’avaient jamais fait de mal à une mouche. Qutb, d’ailleurs, avait passé une bonne partie de sa vie en prison…
La théorie de Qutb, dérivée du wahhâbisme saoudien,  fut fortement influencée par deux faits d’actualité mondiale en 1948-50 quand lui-même vivait aux Etats Unis : La pinup girl sexy et dévêtue, visible sur tous les medias d’origine américaine donc dominant le monde culturel d’alors, et la création de l’Etat d’Israël, un Etat qui contre toute attente fut capable de battre l’offensive panarabe immédiatement lancée contre lui pendant la première guerre arabo-israélienne, de Mai 48 à Juillet 49.
En 1948, Betty Grable, la pinup girl régnant sur l'Amérique,
choque les yeux de Sayyid Qutb, jeune égyptien wahhabiste
qui inspirera un jour Al Qaeda et Daech

Face à cette conspiration, Qutb indiquait la solution : Imposer sans aucune tolérance la loi coranique gérant toutes les échelles et fonctions de la société, de la famille à la nation ; interdire sous peine de mort toute conception occidentale de la vie politique (libertés d’expression, droits de l’homme, séparation et limites des pouvoirs…), cacher les femmes musulmanes dans un sac avec seulement deux trous pour les mains et deux pour les yeux; et mener contre l’Occident judéo-chrétien une guerre suicidaire, invitant leur jeunesse à accomplir leur salut spirituel en sacrifiant leurs vies, ce sacrifice devant bien entendu causer la mort du plus grand nombre possible de vies infidèles, sans distinctions de sexe, d’âge, ou d’actes : tous coupables, parce que tous ennemis de Dieu, point-barre.
La politique de l’Etat d’Israël, hélas, est venue compliquer les choses au pire à partir de la guerre des six jours (1967), en passant à l’offensive donc en faisant sien les torts de l’ennemi. Ce pourquoi De Gaulle avait aussitôt cessé de le soutenir. Depuis, Israël a aggravé son cas en Palestine. Soulignons cependant que les plus intransigeants des combattants israéliens et palestiniens sont entièrement d’accord et intraitables sur un point : Opposition formelle à la Laïcité. Palestine, république mais état musulman d’abord. Israël, république mais état juif d’abord. Et tant pis si c’est contradictoire !
1949: le drapeau d’Israël est levé à la
fin de la première guerre israélo-arabe.

Que faire ?

Les solutions existent. D’autres sont à créer mais en appliquant des lois et cadres juridiques qui existent déjà. Appliquons le Droit, mais ne le changeons surtout pas. Nous ne souffrons pas de lois mal fichues, nous souffrons de ce que, dès l’école maternelle, nous n’appliquons plus nos lois.
Nous sommes in-préparés, comme c’est toujours le cas quand un membre du Monde Libre (démocratie, Etat de droit républicain, gouvernement aux pouvoirs limités, présomption d’innocence et habeas corpus, politique étrangère pacifique…) est attaqué par un ennemi dirigé par une dictature, surtout lorsque celle-ci se fonde sur un fondamentalisme religieux. Aujourd’hui, ces dictatures s’en appellent presque toutes de l’Islam, et même la Turquie est en passe d'en devenir une. Et par leur voix l’ennemi désigne la France en premier, parce qu’elle représente le mieux ce qui est particulièrement haïssable à leurs yeux.
Nous sommes donc triplement honorés.
C’est un honneur d’être en Europe devenu le premier objectif pour l’ennemi.
C’est un honneur de ne pas être préparé à une forme de guerre aussi odieuse, et contraire aux lois que des belligérants tentent de respecter depuis trois siècles au moins.
C’est un honneur que la liberté et l’émancipation des Françaises constituent ce que l’ennemi trouve le plus spontanément offensant. Chaque Française qui, conformément à notre culture et notre art de vivre, fait un effort de tenue, d’élégance, de séduction, fait du même coup désormais un acte de courage ! Chaque Européenne aussi ! Chaque Française musulmane, d’autant plus ! Soyons-en fiers, respectons-les, estimons-les et soutenons-les, au lieu de nous décourager et de nous insulter entre nous.
Bon, me direz-vous, tout cela c’est quand même du folklore.
Et la police, et nos renseignements, ne sont-ils pas débordés ? Et nos armées, ne sont-elles pas à bout de ressources ? Alors que le gouvernement précédent, croyant faire des économies d’inspiration néo-libérales plein pot, donc bien faire, avait réduit de douze mille les effectifs de nos polices (2007-12), ne faudrait-il pas au contraire en augmenter les effectifs fortement, ce que notre gouvernement actuel a négligé ?
En rétablissant enfin une nombreuse police préventive c’est-à-dire l’ilotage, peu couteux mais fortement consommateur d’effectifs ?
En instaurant enfin un vrai service national (et pas seulement militaire) pour les jeunes des deux sexes, ou ils échapperaient aux contradictions qu’ils subissent à l’âge le plus vulnérable, pour aller apprendre à travailler ensemble à des missions d ‘utilité publique évidentes, et apprendre à vivre et travailler avec le tout-venant de la société française, au lieu d’être figés soit dans leur milieu communautaire et familial, soit dans une zone de non-droit, soit dans une classe sociale frileusement favorisée ? Et parfois même apprendre un métier en commençant par son apprentissage?
En investissant pour le très long terme dans les activités agro-forestières, industrielles et de services dont nous avons un besoin urgent pour construire les transitions énergétiques et biocompatibles de notre économie ?
Des transitions qui sont sures de créer des emplois ici-même, et non pas en Asie ?
Oui bien sûr. Et ce n’est pas avec des jolies jambes que nous les aiderons. Il va falloir de l’argent.
Et cet argent, le ProjetTaxe sur l’Actif Net, notre projet de réforme fiscale vous dit où il existe, et pourquoi en ce moment il est en chômage, comme trop de nos citoyens.
Et comment le mobiliser progressivement mais surement, en combattant du même coup l’évasion fiscale et les paradis fiscaux, et en commençant enfin à faire reculer les inégalités de revenus et de patrimoines.
Et pourquoi en effet il fournira les ressources suffisantes pour combattre cet ennemi en même temps que le chômage, la perte des écosystèmes et le changement climatique. Je vous invite à http://www.comitebastille.org/p/les-objectifs-du-comite-bastille-en.html pour en prendre connaissance, et à http://www.comitebastille.org/p/a.html si vous voulez nous soutenir..
Opinion personnelle d’André Teissier du Cros.

2 commentaires:

  1. Cher André,

    En termes de solutions, il me semble qu'il y a un point supplémentaire à mettre en exergue.
    Tu fais justement référence au renforcement des inégalités qui accroissent le sentiment de frustration et de soif de revanche. Derrière cela, il y a le renforcement de la pauvreté, et comme tu le sais, derrière la pauvreté, il y a bien souvent la pauvreté culturelle, le sentiment d'abandon, voire de désespoir.. tout ceci qui fait le lit du Front national et du repli sur soi.

    Mais un autre point me semble majeur : la plupart des terroristes sont des gens paumés, avec un mal de vivre évident, et qui trouvent dans l'IsLam radical une réponse à leur propre mal-être - c'est le principe d'ailleurs, de toutes les sectes.
    La France fait partie des pays qui expriment le plus de mal-être individuel. où le nombre de suicides est parmi les plus élevé - y compris le suicide des adolescents ; un pays où la consommation de psychotropes est faramineux.
    Derrière ce constat accablant, j'y vois un lien - même s'il n'est pas unique - avec notre modèle éducatif qui est une formidable machine à créer du mal-être, de la compétition, du stress et de l'échec.

    L'OCDE dans ses dernières études PISA nous rappellent que la France est le pays le plus inégalitaire de l'OCDE (sur 65 pays). Il est également le dernier à demander l'avis des élèves sur la qualité de leur enseignement et de leur enseignant ! Combien de frustrations majeures se cachent derrière la froideur de ces statistiques ?

    Constatons également qu'à l'inverse, les démarches pédagogiques centrées sur le bien-être des élèves - qui ont largement démontré leur efficacité - restent très peu présentes en France.

    Et si nous mettions autant d'énergie à réduire les frustrations et favoriser le bien-être des individus que de développer la guerre à l'ennemi ? Et si le véritable ennemi était finalement au coeur de notre fonctionnement sociétal ?


    Victor Ferreira

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    1. Je te réponds avec beaucoup de retard! Mais je suis d'accord avec toi. Avec un bémol: La fiscalité affecte le comportement lentement mais surement. Ce n'est pas un hasard si les USA sont les derniers à ne pas pratiquer la TVA et les Américains les derniers à épargner alors qu'ils épargnaient beaucoup avec 1913 (date de la creation de l'US Income Tax.) Voir http://www.comitebastille.org/p/comment-la-fiscalite-influence-le.html

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