vendredi 1 juillet 2016

Brexit, ou le Temps de la Comète

Une comète est en train de passer dans notre ciel. Elle s'appelle Brexit. 
Elle nous invite, comme celle du roman de ce titre de H. G. Wells (1906), à élever notre niveau de conscience au delà de notre identité nationale, et à nous interroger sur la nature de l'identité des nations. 
Pendant quelques jours elle a provoqué une baisse spectaculaire des marchés boursiers dont ils sont en train de se remettre, et une chute de la Livre sterling qui, elle, semble devoir durer. Elle réduira quelque peu pendant quelque temps le niveau de vie des Britanniques, et des autres Européens à un moindre degré. Elle a inspiré l'assassinat de Joe Cox, une parlementaire britannique mère de famille au grand cœur et à l'intégrité exemplaire, qui osait répéter dans sa circonscription que, si les humains se donnent la peine de scruter au delà des préjugés les différences identitaires qui séparent diverses communautés d'un même pays, ils découvrent que ce qui nous rassemble, ce que nous partageons en commun, est toujours plus profond et plus important que ce qui nous distingue. Elle fut violemment contredite par son assassin criant Britain first! et affirmant ainsi involontairement ce qui le rapproche, lui, de ceux qui crient Allah U Akbar!
Le Postulat de Joe Cox, qui mériterait de devenir Loi au même titre que la Loi de Parkinson et le Principe de Peter, met paisiblement en cause la notion même de préférence nationale. Comme le fait l'Union Européenne depuis ses balbutiements en 1950. Ce pourquoi elle est vilipendée et injuriée par tous ceux extrêmement à droite, ou extrêmement à gauche, ou extrêmement religieux. 
Mais ce pourquoi, en même temps, elle a depuis 2000 remplacé les Etats Unis comme première terre d'accueil vers laquelle se ruent tous ceux qui sont menacés dans leur identité ou même dans leur vie.
Les votes de l'Angleterre, de l'Ecosse, de l'Irlande du Nord et de Londres.
La carte qui illustre comment s'est réparti régionalement le vote pour ou contre le Brexit dans le Royaume Uni, complétée par l'analyse par tranche d'ages et niveau moyen d'éducation, montre que ce sont les Anglais, plutôt âgés, plutôt ruraux, et plutôt moins éduqués qui ont fait la décision contre l'appartenance à l'UE. Londres, l'Ecosse, l'Irlande du Nord, la jeunesse, les villes universitaires, ont choisi de rester dans cette Union Européenne tellement vilipendée chez eux... comme chez nous. 
Non pas qu'ils expriment un choix favorisant l'appartenance à l'UE plutôt qu'au Royaume Uni bien sur. Mais qu'ils sentent qu'une identité quelconque, qu'elle soit ressentie comme globalement britannique, ou comme irlandaise, ou comme orcadienne (les Iles Orcades sont au Nord de l'Ecosse), ou même gibraltarienne (malgré l'immense ombre chargée d'hostilité historique portée par l'Espagne) sera mieux vécue au sein de l'Union Européenne que dans un Royaume Uni qui ne serait plus membre de l'UE. Après tout, c'est bien l'appartenance à l'UE qui a fini par imposer la paix entre les deux Irlandes, Eire et Ulster. 
1998: Même dans le Royaume Uni, l'UE a mis fin à la guerre.
Un soldat patrouille le long de la frontière entre
Irlande et Irlande du Nord.




Et ceci même si, en même temps, tous sont comme nous autres Européens conscients que l'UE a besoin de réformes. Et là dessus, nous découvrons qu'une pétition de quatre millions de britanniques exprime combien douloureuse est la découverte que les deux principaux artisans du Brexit, Nigel Farage et Boris Johnson, ont menti comme des arracheurs de dents dans leurs campagnes, et n'avaient aucun plan pour organiser la sortie de l'UE s'ils étaient gagnants... Les Français croient-ils que le Front National et tous ceux qui hurlent avec ces mêmes loups ont un tel plan, quand même les Autrichiens ont eu la sagesse d'en douter?
Conclusions: Restons tous dans l'Union Européenne. Réformons la de l’intérieur et non pas de l’extérieur. Cessons d'écouter les délires et mensonges des extrémistes. Et occupons nous de réformes sérieuses. Des réformes fiscales, par exemple. Tenez, justement, nous avons un projet...(cliquez ici)...

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