lundi 4 avril 2016

La financiarisation de nouveau victorieuse en France.

Victoire pour la Financiarisation: Les crimes fiscaux continueront à être innocentés, a décidé le Conseil d'Etat malgré les efforts de Michel Sapin, Ministre des Finances et des Compte Publics (Voir Challenges du 31 Mars p. 30). L'évasion fiscale reste donc une action quasi-légale entraînant des frais, mais des frais raisonnables, légaux, donc déductibles (de l’Impôt sur le Revenu des Sociétés). Ce sont surtout des frais d'avocats (dont des lobbyistes) de banques d'affaires et d'experts comptables dont la mission est de convertir un litige fiscal qui pourrait devenir un délit, voire même un crime, en des transactions à l'amiable par laquelle l'inculpé potentiel est innocenté. Innocenté même s’il a versé des pots de vins à des fonctionnaires et hommes politiques !
Attention: La financiarisation n'est pas la finance. La finance est une industrie de services vieille comme le monde, qui gère l'argent, le crédit, les instruments financiers, et assure la police de l'économie (un banquier qui vous refuse un crédit joue ce rôle, parce qu'il contribue ainsi à sécuriser l'ensemble des crédits et à limiter l'inflation, ce qui n'est pas précisément son problème en ce moment.) La financiarisation est un cadre juridique de fait qui favorise automatiquement la conversion de toute activité économique, y compris la vôtre et celle de votre employeur, en une activité gérable depuis une place financière, par le seul moyen d'instruments financiers (actions, obligations, assurances, titrisation, etc.), par des décideurs dont les compétences sont uniquement financières, qui vivent et travaillent loin à l’abri des conséquences humaines et matérielles de leurs décisions.
Le fondement de ce cadre juridique de fait est la société offshore, vers qui tous les revenus imposables sont déplacés là où ils seront le moins taxés, ou pas taxés du tout, pour rejoindre une masse financière immense (plusieurs milliers de milliards d’Euros) et croissante, elle-même gérée par une des banques systémiques (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_syst%C3%A9mique) assistées par les Offshore Financial Services du shadow banking, qui forment le vrai gouvernement de la planète (Voir ouvrage de François Morin : L’Hydre Mondiale – L’Oligopole bancaire).
Et le fondement de la société offshore et du cadre fiscal qui permet au cadre juridique de fonctionner est l’Impôt sur le Revenu. C'est une des grandes raisons pour lesquelles le Comité Bastille dit qu'il faut abolir l’Impôt sur le Revenu et non pas l'ISF.
Quand le Conseil d’Etat français et l’OCDE mettent ensemble un veto au projet de loi anti-corruption de Michel Sapin - projet qui aurait fortement contribué à la criminalisation de l’évasion fiscale et de la corruption de politiciens et de hauts-fonctionnaires qui va avec - ils transmettent les ordres de l’Oligopole bancaire.
Je dis qu’il s’agit d’un crime; et que la financiarisation est un crime causant des millions de morts. 
Voici pourquoi :
C’est à la financiarisation mondiale que nous devons les coûts explosifs des dépenses médicales (industrie pharmaceutique cotée en bourse) ; la destruction de l’agriculture locale (600 suicides par an de petits agriculteurs français mais ailleurs c’est pareil) seule capable de virer au bio, au profit de l’agriculture industrielle de masse consommant des engrais, des pesticides, des OGM (tous produits par des sociétés cotées en bourse) dont les politiques de subventions agricoles imposent l’usage ; la privatisation des services publics (eau, énergie, gestion des déchets, etc…) qui entraîne aussitôt les limitations aux investissements, les réductions des coûts salariaux, et la hausse des tarifs, les firmes gérant ces services publics étant évidemment cotées en bourse ; les dangers accrus de l’énergie gérée par des firmes cotées en bourse telles que Tepco au Japon, propriétaire gestionnaire du site nucléaire de Fukushima ; etc.
Le pays le plus financiarisé de la planète est les Etats Unis, ou l'espérance de vie (de trois à quatre ans de moins qu’en Europe) en est maintenant à reculer malgré des dépenses de santé record (mais rappelons que les assurances santé de ce pays sont privées et cotées en bourse, avec la conséquence qu’environ cinquante millions d’Américains ne peuvent toujours pas se payer une assurance santé…)
Certains diront que c’est la faute du « capitalisme ». C’est faux : Tout cela n’existait pas avant 1980 quand a commencé la grande dérégulation des marchés financiers partie de Wall Street (1978-1991) qui s’est répandue dans l’UE grâce à Maggie Thatcher mais aussi à François Mitterrand, à José-Manuel Barroso, et à la plupart des politiciens européens… et nous le voyons aujourd'hui, ça continue.
Comment en sortir ? Nous en avons parlé le 16 Mars. Mais vous pouvez aussi lire :
L’Ordre de la Dette, de Benjamin Lemoine, Ed. La Découverte ;
Suicide de l’Occident, Suicide de l’Humanité ? de Michel Rocard, Flammarion,
L’Hydre Mondiale – L’Oligopole Bancaire, de François Morin, Lux Éditeur,
Et bien entendu…
La Taxe sur l'Actif Net ou Impôt sur le Patrimoine Dormant, de votre serviteur, Ed. L’Harmattan.
La Banque. Comment Goldman Sachs dirige le Monde, par Marc Roche, Albin Michel.

André Teissier du Cros


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