dimanche 11 octobre 2015

Le Projet Taxe sur l'Actif Net relancera t-il la croissance? Parlons-en à propos du vin: du Chateau Yquem à La Vigne qui Bêle...

La croissance? Quelle croissance? 
Celle du PIB bien sur... Discutons-la en prenant comme exemple une des trois industries où la France est un leader mondial. Ce sont par ordre d'importance en chiffre d'affaires l’aérospatial, la parfumerie-cosmétique, et la viti-viniculture. Parlons donc de la dernière.
La filière vin emploie, distribution et services compris, environ 500 000 personnes en France. Les exportations de vin rapportent entre 7 et 8 milliards d'euros pour un chiffre total d'une vingtaine de milliards. La vigne couvre environ 770 000 hectares soit 3% de nos surfaces arables. 
La  production mondiale de vin était de 260 millions d'hectolitres en 2010 et est tombée à 248 millions en 2012. Mais elle a un tout petit peu augmenté depuis, parce que la consommation continue d'augmenter en Amérique et encore plus en Chine, tandis que la consommation européenne diminue. On peut donc parler d'une stagnation ou d'une lente décroissance en volume.
En France la consommation de vin continue à baisser: Elle est d'environ cinquante litres par habitant et par an. Ce chiffre a été divisé par trois entre 1960 et 2010, soit en cinquante ans. De même, en France et dans le monde, la surface totale de la vigne est en diminution. 
Déjà en 1950 un expert, Paul Marres, décrivant l'éternelle crise de la vigne, s'inquiétait de ce qu'elle ait diminué de 150 000 hectares en surface entre 1938 et 1948... Plus loin dans l'histoire, nous trouvons les chiffres suivants:
En 1810, Napoléon étant Empereur, la vigne française occupait 1 600 milliers d'hectares. 

Cette surface a augmenté jusqu'en 1875. elle atteint alors 2 350 milliers d'ha. Ensuite elle n'a fait que diminuer. D'abord à cause du Phylloxéra qui a dévasté la vigne. Mais ensuite, de crise en crise, pour tomber aujourd'hui au tiers de ce chiffre ! Et la diminution continue.  La carte jointe nous montre les régions où, entre 1870 et 1958, la surface de la vigne a décru (en bleu plus ou moins foncé) et celles ou elle a cru ou s'est maintenue...  
Donc la viti-viniculture est bien le genre d'industrie qui devrait plaire aux champions de la décroissance...


Par contre, si on considère non pas les hectares et les hectolitres, mais le chiffre d'affaires de la filière vin, on constate deux phénomènes, l'un ancien et l'autre plus récent. 
1). Pendant la réduction de la surface et des volumes produits, le vin vaut de plus en plus cher, et continue à peser très lourd dans notre économie et nos exportations. Nous restions tantôt 1er tantôt 2e producteur et exportateur mondial mais tout récemment la Chine nous a rattrapé. 
La valeur du vin a augmenté avec la qualité. La capacité du vin à vieillir d'autant plus qu'il est bon en est un facteur clé, mais pas le seul.  
Pour en savoir plus sur les possibilités quasi- illimitées de s'enrichir avec le vin, plongez dans l’étude (en anglais bien sur) du Journal of Wine Economics, à http://journals.cambridge.org/action//displayFulltext?type=6&fid=8651760&jid=JWE&volumeId=7&issueId=01&aid=8651759&fulltextType=RA&fileId=S1931436112000089 Vous verrez comment le prix de l'hecto de vin, et aussi le prix de l'hectare de vignoble, peuvent monter jusqu'à des sommets astronomiques. Le seul journal Wine Spectator, le media par excellence des connaisseurs, négociants et spéculateurs, a 350 000 abonnés, et réalise un chiffre d'affaires de 25 millions de dollars. Vous comprendrez mieux comment la valeur marchande de l'hectare de vigne peut varier de mille à un million d'euros. Pendant que la production de vin  n'augmente pas, la valeur produite augmente, parfois fortement, car la vigne valant un million l'hectare produit plutôt moins d'hectolitres que celle en valant mille, la politique de qualité s'opposant à celle de quantité. Et l'augmentation de valeur est très lente: On peut parler d'un investissement à très long terme.
2). La surface de la vigne bio a triplé de 2010 à 2014, de 20 000 à 60 000 ha, soit déjà 8% de la surface de la vigne française, ce qui est encore faible. Mais la demande excède l'offre comme pour la plupart des produits bio. Le vin bio est toujours du vin, mais sa production, idéalement, doit se passer de tout engrais et pesticide dont l'origine viendrait de la pétrochimie ou de la chimie de synthèse, et de semence provenant de la modification artificielle des gènes (OGM). L'économie de ces produits, comme pour toute culture bio, veut dire moins d'achats donc de dépenses mais beaucoup plus de travail, de surveillance (notamment de l'état phytosanitaire de la vigne), et de temps pour approfondir la connaissance d'un certain terroir. Le tout favorise donc la création d'emplois. Par contre la culture bio réduit ou même annule les facteurs d'épuisement du sol. Enfin le marché accepte un prix supérieur parce que le vin ne contient plus de résidus de pesticides, de levures exogènes et d'enzymes et parce que de plus en plus de consommateurs sont prêts à payer plus pour savoir qu'ils contribuent à la santé du sol et de l'environnement. Cependant la viticulture bio est défavorisée par le régime des subventions de la Politique Agricole Commune, laquelle favorise les grandes filières traditionnelles fondées sur la monoculture de grandes surfaces. Espérons que cela changera un jour, mais pour l'instant on fait avec ce qu'on a.
Une technique ancienne de contrôle des mauvaises herbes parmi d'autres est de lâcher des moutons dans les vignes pour qu'ils broutent l'herbe à la saison froide. Elle avait disparue en France, ou le désherbant artificiel a pris le marché, mais pas encore en Espagne. Un astucieux et jeune éleveur, Thomas Marcilly, ayant pris le temps d'étudier comment s'y prennent les viticulteurs espagnols, a réussi à trouver dans le Gard un parrain et partenaire viticulteur avec qui tenter l’expérience: Christian Vigne, dirigeant des Vignerons de la Porte des Cévennes à Massillargues. Thomas s'est installé sur place avec femme et enfants, mais avec des ressources financières minimales en dehors de son allocation chômage! Faisant connaitre son projet avec l'aide de l'Association Grappe3 qui accompagne les viticulteurs bio (chargée d'affaires Nadia Van Hanja), et l'association Kiss Kiss Bank Bank qui aide a chercher des micro-fonds propres, il s'est fait connaitre des voisins et clients potentiels, qui ont décidé de le soutenir: Il a levé 16 000 euros de dons (donc de fonds propres...), s'est mis à son compte à l'enseigne de La Vigne qui Bêle, et a acheté son premier troupeau de 130 têtes. L'accord est informel: Thomas est logé, parque ses moutons sur place, et le troupeau broute gracieusement l'herbe a la morte saison en déposant gracieusement un engrais on ne peut plus naturel. L'été, les moutons suivent la transhumance et montent à la montagne proche. 
Le premier produit vendable sera l'agneau pour sa viande à la fin de la 2e année, pour un chiffre d'affaires de €40 000 lui laissant pour vivre €20 000 de marge brute. Nous sommes bien en pleine anticroissance et dé-financiarisation! 
Mais pour que l'affaire survive et se développe quelque peu il lui faudra quand même faire l'investissement d'une bergerie... Espérons qu'il arrivera jusqu'à produire les quatre produits du mouton: La viande, le lait, la laine et l'engrais, dans une économie circulaire incluant la vigne, économie dont le chiffre d'affaires sera en grande partie invisible: Nous sommes ici dans le domaine des richesses réelles, tout le contraire de celui de la monnaie virtuelle.
En France, il existe des dizaines de milliers de micro-projets comparables à La Vigne qui Bêle. Voir par exemple le site web de la coopérative Terre de Liens. A St Gilles en Camargue, Bernard Poujols est bien plus avancé. Il produit sur 60 ha du riz, de la luzerne, du canard et du miel sans dépenser un sou d'engrais ou pesticides! (Voir http://www.canard-desrizieres.fr/Ici ce sont les canards qui sont les désherbants et fournissent l'engrais. Le dixième environ des herbes qui leur échappent, plus la rizière et le bocage environnant sont suffisants pour faire vivre plusieurs ruches, d'ou le miel, au point que Bernard Poujols prend même des ruches convalescentes en pension! L'alternance riz-luzerne est favorable à l'entretien du sol.
Que vient faire la Taxe sur l'Actif Net dans tout cela? Elle va puissamment aider. Elle taxera les terres laissées en friche permanente pour les encourager à loger la vigne bio, activité en pleine croissance, mais se substituant à la décroissance de la vigne traditionnelle. L'abolition de tout impôt sur le revenu favorisera la production, l'investissement, et même... la consommation. L'accès à des prêts de la Banque Publique d'Investissements (BPI) à très long terme accordés en cas d'engagement également à long terme de l'entrepreneur commencera par financer la bergerie sur 15 ans et de modestes équipements mécaniques à très bas taux. Puis elle financera la croissance du troupeau comme la conversion de la vigne (laquelle a aussi besoin d'investissements sur 8 à 15 ans). Le tout aura sur la croissance du PIB comptabilisé par l'INSEE une incidence minimale. Le progrès n'ira donc pas du tout dans le sens de la croissance du PIB...
Si vous imaginez ces dizaines de milliers de projets dans toute l'agriculture bio, et que chacun crée un euro de chiffre d'affaires avec cinquante cents de fonds propres (ou permanents grâce à la BPI) et seulement 50 000 euros de chiffre d'affaires par emploi mais un emploi dans une économie locale circulaire, la croissance du PIB va en prendre un coup, mais l'ensemble de l'agriculture bio peut facilement créer quelques centaines de milliers d'emplois. En y ajoutant les sept cent mille que la mise en valeur de la foret française peut aussi générer et ceux créés par la transition énergétique la mobilité électrique, plus la production des équipements nouveaux et les services, on arrive assez vite aux trois millions d'emplois que le Projet Taxe sur l'Actif Net peut créer en dix ans en mobilisant 100 milliards par an d'épargne privée pendant la même période.

André Teissier du Cros

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