mardi 1 septembre 2015

Alcatel-Nokia: Quand même le monde financier estime que Michel Combes et son conseil d'administration se moquent du monde...

Depuis 2006 nous condamnons la pratique du stock-optionisme dans les firmes cotées en bourse pour des raisons maintes fois expliquées sur ce site. Mais l'affaire Alcatel-Lucent en concentre les raisons de façon telle que cela vaut la peine d'en rappeler l'histoire.
Alcatel-Lucent est, rappelle Wikipédia, la société multinationale française née en 2006 de la fusion entre Alcatel et Lucent Technologies
Elle était alors, disaient ses dirigeants, est l’un des leaders mondiaux des télécoms et des réseaux, notamment via ses activités dans le « cloud-computing », l’IP et le très haut-débit (THD) mobile et fixe. 
Le groupe récupérait par cette fusion les fameux laboratoires Bell, 29 000 brevets et 7 Prix Nobel depuis 1925. Le nouveau groupe comptant 79 000 salariés est alors présent dans 130 pays. Dirigeants d'alors: Serge Tchuruk et Patricia Russo. 
En 2006, le nouveau groupe acquiert une partie des activités 3G de Nortel. 
En 2007, appliquant le commandement 101 de la financiarisation qui dit 'tu considéreras tout salarié comme un coût fixe, à couper dès que possible', le groupe se débarrasse de 12 500 salariés, d'où un conflit social majeur. 
Cela n’empêche pas Alcatel-Lucent d'appliquer le Commandement 102 qui dit: 'Tu rachèteras des collègues pour acquérir des technologies au lieu de les développer toi-même, en payant des primes de succès juteuses aux copains des banques d'affaires et autres intermédiaires qui t’ont aidé', et d’acquérir Tropic Network, Net Devices, Tamblin et Thompson Advisory Group, puis, en 2008, de rater une alliance avec NEC Corp. (Japon). 
En fin 2008, on constate que le virage à la technologie 4G est hors de portée, et la fusion est déclarée un échec. Russo et Tchuruk sont en conflit, et démissionnent. 
Ben Verwaayen, ancien dirigeant de British Telecom, est nommé pour prendre leur suite. Remarquez que la financiarisation favorise toujours les relations incestueuses entre concurrents et anciens concurrents en vertu du commandement 103: 'Tu considéreras les délits d'initiés comme créateurs de richesse qui entraînent des condamnations, donc coûtent des amendes, que tu passeras en frais déductibles dans tes comptes pour que le contribuable t'aide à les payer.' 
En 2009, le groupe cède sa participation dans Thalès (une excellente entreprise) à Dassault Aviation (une entreprise qui, elle, sait encore ce que c'est qu'une stratégie.) 
En octobre 2009, la société se sépare de 1000 salariés sur les 10 500 basés en France. 
En 2011, Alcatel-Lucent cède son activité de centre d’appels téléphoniques à la société Genesys. 
En Octobre 2012, elle annonce la suppression de 1430 emplois en France. Selon le quotidien Le Monde, la société aurait perdu 800 millions d'euros par an entre 2003 et 2013 , ce qui contraint Alcatel-Lucent à gager ses 29 000 brevets pour obtenir 2 milliards d'euros de prêts auprès des banques Goldman Sachs et Crédit suisse. Une décision qui fait craindre au gouvernement français qu'Alcatel-Lucent ne perde la propriété de ses brevets estimés à 5 milliards d'euros (Wikipédia). Mais une décision qui applique le commandement 104 : ‘Tu remplaceras les dépenses de recherche par des charges financières résultant d’un endettement accru, dont les intérêts sont déductibles.’ 
En Février 2013, Michel Combes est nommé Directeur général d'Alcatel-Lucent. Son contrat stipule une rémunération largement par Stock-Options, en application du Commandement 105 : ‘tu te feras embaucher quand le cours de l’action est au plus bas, et rémunérer avec des stock-options t’assurant que tu pourras empocher un pactole quand il aura remonté, grâce à ta bonne application des commandements précédents, et à la confiance des spéculateurs avertis qui anticiperont les dites applications.’ 
Qu’a-t-il dit, depuis sa nomination en Février 2013? 
Qu’il a hérité d’une entreprise en faillite et qu’il l’a brillamment redressé. 
En réalité il a poursuivi la stratégie de financiarisation appliquée depuis que Bell Telephone et les anciennes filiales de la CGE furent démantelées. 
Dès Décembre 2013 Alcatel-Lucent réintègre le CAC40 dont elle avait été exclue, le cours étant vraiment tombé trop bas.. 
En 2014, vente de sa division Entreprise à China Huaxin pour 268 millions. 
En Mai 2014, vente de sa division cyber-sécurité (un marché d’avenir) à Thalès. 
Été 2014 : Annonce de l’ouverture d’un centre de recherche Bell Labs en Israël. Pourquoi diable Israël ? Cherchez sur Internet à « Israël » « paradis fiscal ». Vous aurez 91000 résultats… De toute façon cet investissement applique bien le Commandement 106 : ‘Tu remplaceras des emplois à haute valeur ajoutée en France par des emplois similaires là où ils coûtent le moins en salaires, impôts et charges, et les emplois à faible valeur ajoutée par des emplois dans les pays à bas salaires en coût absolu, et rafleras en passant les subventions et vacances fiscales.’  Est-on en droit de supposer que Michel Combes a été conseillé par son futur patron, Patrick Drahi, le nabab des télécom, qui est déjà un gros investisseur dans ce pays ? 
Michel Combes avait annoncé le Plan SHIFT, un plan stratégique en 3 points. Sa lecture vaut le déplacement : a) L’ancien groupe était un généraliste des équipements de télécom. Il deviendra un spécialiste des réseaux Internet, du Cloud et du Très Haut Débit. C’est l’application du Commandement 107 : ‘Tu abandonneras les marchés que la bourse et les media considèrent pêle-mêle comme vieux, lourds, décroissants, ennuyeux, et te lanceras dans les marchés que la bourse et les media considèrent comme bling-bling, innovants, porteurs, d’avenir, bref à la mode, pour faire tout de suite remonter les cours et te préparer à activer au plus vite tes stock-options pour quitter le navire.’  
b) et c). Le groupe trouvera une économie d’un milliard par an d’ici 2015 en supprimant 10 000 emplois. Bien sur ! En application des commandements déjà cités. 
Mais cette fois même les professionnels de la finance trouvent que Michel Combes a un peu exagéré. Pour en avoir un aperçu, allez à http://www.investopedia.com/stock-analysis/042015/why-alcatellucent-investors-hate-nokia-deal-alu-nok.aspx et lisez ce qu’en pensait Investopedia en Avril. (en deux mots, le rapprochement était jugé trop "cannibale", entendez par là que les deux entités étaient déjà trop concurrentes donc pas assez complémentaires.) Même le Medef a élevé une timide mais nette protestation. 
Conclusion : Michel Combes estime avoir bien mérité sa rémunération de départ, surtout le produit de ses stock options, de 13,7 millions environ. Pourquoi ? 
Parce que, dit-il, il a multiplié la capitalisation (valeur en bourse) du groupe par 6. 
En effet Pierre Dac, dans son immense sagesse, disait déjà quand j’étais jeune : Rien, c’est quand même quelque chose puisqu’on parle de moins que rien. Mais trois fois rien, c’est vraiment pas grand-chose. Quand quelque chose ne vaut pas grand-chose au départ, et que ce pas grand-chose résulte de la même politique de financiarisation qui a détruit ce qui fut deux grandes entreprises, comment ose t-on parler d’un multiple de la seule capitalisation ? Et les parts de marché ? Et l’endettement ? Et les savoir faire, les meilleurs, qui ont voté avec leurs pieds depuis belle lurette ? J’ai vécu tout cela il y a quelques décennies quand j’ai été témoin du démantèlement du Groupe Péchiney sous la haute direction de Jean-Pierre Rodier. Mais je ne pense pas que ce dernier ait empoché 13,7 millions en partant… 
En bref : Disons le franchement. La rémunération de départ de Michel Combes est une honte. Si vous êtes d'accord, écrivez le ici. Cette honte, et l'indignation qu'elle doit provoquer, serviront, je l’espère, à accélérer l’abolition de la financiarisation, que provoquera, lentement mais à coup sur, notre Projet Taxe sur l’Actif Net. 

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