mercredi 1 juillet 2015

L'économie n'est pas une science. Ni à Athènes, ni à Bruxelles, ni à New York.

Par conséquent aucun pouvoir politique n'a le droit d'imposer au peuple d'une nation une politique qui appliquerait des prétendues lois de l'économie; ni de légiférer ou de signer des traités dans le même but. La crise de la dette grecque, étant exemplaire pour les Européens, les Américains et autres pays abusivement endettés, est l'occasion de le rappeler.
Avant d'affirmer pourquoi l'économie n'est pas une science, j'ai consulté un expert incontesté: le Dr. Nayla Farouki, historienne de la philosophie, spécialiste de l'histoire des sciences, des religions, des idées et des concepts, auteure entre autres du Dictionnaire des Sciences et des Techniques (avec Michel Serres). 
Elle a écrit dans La Foi et La Raison  - Histoire d'un Malentendu (Flammarion) ces lignes dont la sagesse est permanente:
Toute généralisation abusive d'une connaissance donnée sur un comportement humain donné peut être la source d'une standardisation arbitraire et donc totalitaire. Ce danger existe d'une matière diffuse dans les sciences de l'homme, à chaque fois qu'elles oublient l’être humain en tant que "personne" et s'acharnent à le remplacer par un concept transcendantal anonyme, tel que citoyen, individu, consommateur, cadre, chômeur...
Voulant être sur de mon interprétation, je lui ai téléphoné pour bien vérifier que parmi les sciences humaines elle incluait l'économie. 
Elle m'a répondu: ...


Elle m'a répondu: "Oui, évidemment!" (Nayla Farouki ne connait pas la langue de bois...) Dont acte.
Le comportement de l’être humain en action est l'objet d'étude de l'économie, prétendue science qui cherche à modéliser ce comportement pour en déduire des lois "utiles". Ce qui pose aussitôt la question: "Utiles à quoi?" 
La loi idéale serait celle qui fournirait les outils  les plus utiles, donc stimulant le comportement de chacun dans le sens de ce que l'économie dit être le meilleur pour lui (car lui, n'étant pas un économiste, ne le sait évidemment pas). Le meilleur pour lui étant celui qui lui fait travailler aux objectifs que l'économie a décidé être les meilleurs: Croissance du Produit Intérieur Brut par tête, capacité à changer de travail aussitôt que le marché s'ouvre pour de nouvelles compétences (toujours moins qualifiées, donc moins coûteuses et plus flexibles que les anciennes), natalité telle que les objectifs de population sont atteints, plein emploi coïncidant avec salaires moindres donc compétitivité meilleure (si vous ne voyez pas pourquoi, c'est parce que vous n’êtes pas un économiste), age de la retraite et espérance de vie variant instantanément pour optimiser la cotation en bourse et le retour sur investissement des compagnies d'assurances, et ceux des producteurs et opérateurs des industries de la santé, etc. 
Malheureusement pour ceux qui nous gouvernent,de telles lois ne marchent jamais. Oh,l’être humain est en effet très capable de changer son comportement. Mais il le change toujours dans un des innombrables sens qui desservent les objectifs souhaités, qui sont imprévisibles, et même parfois innovants. Donc l'économie ne peut pas répondre à la condition de réfutabilité. Donc elle ne peut être une science.
Mais alors, diront les sages de la Troïka (BCE, FMI, Commission européenne), qui sont en ce moment tellement chagrinés par le comportement des Grecs après l'avoir été par bien d'autres, comment faire? Il faut bien qu'on dispose de connaissances fiables et reconnues, pour pouvoir recommander aux gouvernements de les appliquer et leur expliquer pourquoi ils pourront dire à leurs populations que TIAS (There Is No Alternative, Il n'Y a Pas d'Alternative, en anglais).
Je sympathise avec eux. Je vais donc proposer des actions inspirées du philosophe Gilbert K. Chesterton, celui qui dans son immense sagesse disait il y a un siècle: Nous ne savons toujours pas ce qu'est l'électricité mais nous savons déjà qu'elle éclaire mieux qu'un cheval-vapeur et qu'elle va plus vite qu'un bec de gaz. Mise à jour: Nous savons que l'économie n'est pas une science, mais nous savons que pour pouvoir voir devant soi, il faut en avoir à gauche, comme disait l'humoriste Fernand Raynaud, un des grands économistes français.
Ces actions ne prétendent pas appliquer une science, mais permettent d'éviter à coup sur la voie sans issue que constituent ensemble les trois crises actuelles (chômage et accroissement des écarts de conditions; dettes et déficits; déficience écologique.)
1.     Remplacer le Produit Intérieur Brut, comme indicatif universel de santé économique, par deux indicatifs: Espérance de vie moyenne, et patrimoine net de dettes (Actif Net) par tête.
2.     Séparer au niveau de l'actionnariat les banques d'affaires et les banques de dépôts, pour protéger les pauvres banquiers de la tentation de se servir de la masse et de l'inertie des actifs à long terme - l'épargne publique - pour spéculer à court terme.
3.     Permettre à la Banque Centrale Européenne de prêter non plus seulement aux banques, mais aussi directement aux Etats, entreprises et particuliers, ceci à un taux d’intérêt symbolique. Elle atteindrait les Etats directement, et les entreprises et particuliers en passant toujours par les banques mais en imposant à celles-ci, dans le seul cas des financements à très long terme (30 à 100 ans) de ne facturer que des honoraires de gestion des dossiers de crédit sans imposer son taux d’intérêt propre. Ainsi on se remettra à construire autre chose qu'une montagne de dettes pour nos enfants et petits enfants. 
4.     Dans ce contexte, garantir à la BCE sa souveraineté dans sa gestion de la masse monétaire, consistant à garantir la qualité fiduciaire de l'Euro, et une inflation positive mais minimale.
5.     Abolir par étapes annuelles en dix ans les Droits de Succession, la Taxe Foncière et tout Impôt sur le Revenu en commençant par celui sur les sociétés. Pendant cette transition, interdire que les intérêts d'une dette puisse être déductible de l’Impôt sur les Sociétés (IS). Simplifier l'ISF pour en faire une pure Taxe progressive (1,25% à 3%) sur l'Actif Net (TAN) des seules personnes physiques. Compenser les recettes en diminution des impôts abolis en faisant monter en puissance la TAN depuis les patrimoines les plus fortunés jusqu'aux plus modestes.
6.     Dans ce contexte, confier à la Banque Publique d'Investissements (BPI) l'appel massif à l'épargne privée pour le financement à très long terme dans les industries de la reconversion biocompatible, en offrant obligations et actions privilégiées dans des fonds sectoriels et dans les entreprises elles-mêmes. 
7.     Donner à la Cour des Comptes la compétence pour alerter le Conseil Constitutionnel lorsque tout budget prévisionnel va subir des dépassements; le Conseil Constitutionnel assurant alors que, si l'alerte est fondée, la Cour des Comptes aura pour imposer le redressement la même autorité que le Contrôle Financier Fédéral suisse. (Nos voisins helvétiques se méfient aussi des économistes, mais ont une expérience séculaire de la discipline budgétaire, et y croient. Les résultats sont là.) Un modèle alternatif possible est la nouvelle agence indépendante suédoise dite Finanzpolitika Radet, qui est de création récente mais a l'indépendance voulue et a déjà obtenu des résultats concrets.
8.     Interdire, dans les entreprises cotées en bourse, la pratique du rachat de ses propres actions et la rémunération par stock-options et parachutes dorés.
9.     Ceci fait, se reposer en observant la panique montante dans les paradis fiscaux, dont la raison d’être est d'échapper à l’impôt sur le revenu...
Addendum du 29 Octobre 2016:
Je ne juge pas les sciences humaines parce que je ne les ai pas étudiées et pratiquées suffisamment. Je suis un matheux, un ingénieur qui a passé une thèse d’ingénieur-docteur sur une recherche dans les propriétés de certains matériaux, et appris ensuite d'autres disciplines au cours de son travail.
Je parle d'économie parce que depuis 1972 mon métier de stratégie de l'entreprise, et surtout l'utilisation des techniques de prévision économique et technologique, m'ont amené à l'apprendre et à tenter de la pratiquer en m’aidant des travaux d'économistes. Notamment, avant 1983 je travaillais régulièrement à l'Institut de l'Entreprise (CNPF) sur des tentatives de prévisions de conjonctures pour l'industrie française avec Jacques Plassard, voir http://www.wikiberal.org/wiki/Jacques_Plassard et surtout Albert Merlin, voir https://en.wikipedia.org/wiki/Albert_Merlin. Merlin faisait pour Saint Gobain ce que j'ai fait ensuite a tout moment pour une demi-douzaine de producteurs de biens d'équipement. C'est avec eux que j'ai commencé à échanger des réflexions sur fiscalité et comportement qui sont devenu mon livre L'Innovation Malade de l’Impôt qui m'avait valu les félicitations de Raymond Barre, lui même professeur d'économie distingué (et "client" de nos travaux). Au Comité Bastille je rappelle qu'Hubert Coste, toujours inspecteur général honoraire de l'INSEE, est un économiste (et défenseur de la TAN.)

Voila mes raisons à moi fondées sur mon expérience de dire que l'économie est une discipline qui a inventé des outils utiles, dont certains sont entrés dans les mœurs parce qu'ils rendent des services essentiels, comme la démographie et l'économétrie, mais pas une science même inexacte.

Tout chercheur au sens le plus large affirme toujours que ce qu'il sait et applique est une science. Parce que sinon il nie le bien-fondé des budgets de recherche qu'il obtient dans le cadre       universitaire. Et l'économie, qui tire un maximum de ressources des gouvernements eux-mêmes, plus des institutions riches et puissantes comme grandes entreprises et institutions financières pour qui son travail va servir de garantie a des décisions a la portée considérable pour lesquelles les décideurs auront à rendre des comptes.

François Hollande et Jacques Chirac, tous deux Enarques qui ont étudié l’économie et ensuite lui ont demandé des prévisions en tant que Chefs d'Etat, ont constaté que les économistes donnent toujours des réponses aux questions posées, avec un fort degré de certitude.

Pourtant sur deux sujets fondamentaux en France et en Europe, qui sont:
·         La prévision de la population,
·         La prévision du chômage (l'inversion de la courbe que Hollande attend comme Sœur Anne...)

Ils se sont heurtés au problème du comportement humain, qui est un mystère pour des scientifiques.

Les économistes sont incapables de comprendre pourquoi une Française décide (statistiquement) d'avoir dans sa vie 2,01 enfants, son premier enfant étant né (statistiquement) à l'age de 30,5 ans. Pourquoi le fait-elle, et pourquoi pour une Allemande le chiffre est-il de 1,35 enfants? On cite toutes sortes de raisons. Mais quand on applique les dites raisons aux femmes d'un autre pays, cela ne marche pas. Et je suis les prévisions de l'INSEE sur la population française depuis quelques décennies: Elle n’obéit pas à leurs prévisions.

Les économistes sont incapables de comprendre pourquoi un chômeur structurel qui refuse tout emploi depuis des années mais a suivi par obligation des formations diverses, pour le préparer à des métiers pour lesquels il y a, croit-on, des emplois, va soudain décider, a la suite d'un travail au noir ou il a appliqué d'autres métiers, de se mettre à son compte... et réussir modestement mais assez pour être jugé en situation stable.

Et dans ces deux cas, si on réunit les économistes pour entendre de vive voix leurs analyses, ils ne sont pas d'accord!

Je suis patient de deux médecins, mon généraliste du Midi formé à Montpellier et ma femme allemande qui a fait sa fac de médecine à Freiburg. Tous deux sont d'accord pour diagnostiquer mon diabète type B, mes allergies, mon excès de poids, ma légère tension, et tous deux sont d'accord quant au traitement. Leurs différences d'opinion portent sur des détails techniques et ne durent pas longtemps. Si la médecine n'était pas une science je serais probablement mort vers 55 ans au cours d'une crise d'asthme.

Mais tous deux sont d'accord pour me dire qu'ils sont incapables de prédire si et quand un alcoolique va soudain décider de ne plus boire ou un fumeur dépendant de ne plus fumer. C'est du comportement humain, donc imprévisible, disent-ils.

Mais cela n'a pas d'importance car le Projet TAN ne remet en question rien d'autre que la fiscalité, et ne crée aucun nouvel impôt qui pourrait affecter le comportement. Quand chez Renault on décide de mettre tel type de moteur sur telle voiture on ne remet pas en question la thermodynamique des fluides.



Opinion personnelle d'André Teissier du Cros.


1 commentaire:

  1. Un de nos participants anonymes m'envoie ce message fort intéressant:

    En effet, l'économie n'est pas une science exacte. Rien de nouveau sous le soleil, comme l'avait déjà souligné L’Ecclésiaste.
    N. Farouki a parfaitement raison dans ce qu'elle affirme. Comme professeur de sociologie, j'en atteste.
    En revanche, la Grèce a suffisamment abusé, notamment par rapport aux pays qui n'ont pas triché et ont fait des efforts sérieux tels que le Portugal, la Slovaquie (dont le niveau de vie est inférieur à celui de la Grèce) pour ne plus se contenter de récompenser par de nouveaux prêts les mauvais élèves et critiquer les bons.
    Il faut rétablir un peu de morale et sortir de la démagogie (un terme grec très en cours à Athènes).

    Ci-dessous un extrait des particularités grecques:
    La Grèce a falsifié ses comptes pour entrer dans l'euro, puis a déformé la réalité jusqu'à l’explosion.
    Il y a eu des départs massifs en retraite à 50 ans.
    Il y avait jusqu’à 50 chauffeurs par voiture officielle.
    Il y avait 45 jardiniers pour une petite pelouse avec 4 buissons à l'hôpital Evangelismos.
    La Grèce a le record de la population fictive dont des personnes déclarant un âge de 110 ans. Les décès ne sont souvent pas enregistrés et les pensions continuent à être perçues.
    Il y a des familles qui perçoivent 4 à 5 pensions, qui ne leur sont pas destinées. Il y a encore des pensions payées à des personnes mortes en 1953, il y a plus de 50 ans. (Audit de l’UE).
    40 000 jeunes filles reçoivent mensuellement une rente viagère de 1000 euros pour le simple fait qu’elles sont filles célibataires de fonctionnaires décédés et il en coûte aux caisses de l'Etat € 550 millions d’euros par année. Maintenant elles la percevront seulement jusqu'à 18 ans.
    Des stimulateurs cardiaques dans les hôpitaux grecs ont été acquis à un prix 400 fois supérieur à celui des hôpitaux britanniques.
    En Grèce, de nombreux travailleurs ont bénéficié de la retraite anticipée, fixée à 50 ans pour les femmes et 55 ans pour les hommes qui appartiennent à l'une des 600 catégories d'emploi reconnus comme particulièrement pénibles, et parmi lesquelles sont inclus les coiffeurs (à cause des colorants pouvant être considérés comme nocifs), les musiciens d'instruments à vent (souffler dans une flûte est épuisant) ou les présentateurs de télévision (les microphones étant censés causer des dommages à la santé). (Cette loi a été adoptée par le gouvernement socialiste de 1978)
    Il y a des milliers de bonnes « combines », de ministères et instituts inutiles, desquels vivent beaucoup de Grecs. A titre d'exemple l'Institut pour la protection du Kopais Lake, un lac asséché depuis 1930. (1763 Grecs sont employés pour sa protection)
    Dans la dernière décennie, il s’est créé plus de 300 nouvelles entreprises publiques.
    La fraude fiscale est massive. Le poids du secteur public dans l'économie est écrasant. Il y a environ un million de fonctionnaires pour 4.000.000 de personnes actives.
    Le salaire annuel moyen des employés des chemins de fer publics grecs dépasse € 66.000. Et cela inclut les nettoyeurs ainsi que les travailleurs peu qualifiés. Le (presque gratuit) métro d’Athènes délivre pour environ 90 millions d’euros de billets par année, alors que le coût total de cette société publique dépasse 500 millions
    Les Français reçoivent en moyenne à titre de retraite 51% du dernier salaire, les allemands 40%, les Nord-Américains 41% et les japonais 34%. Pendant ce temps, les retraités grecs reçoivent 96% de leur salaire antérieur.
    La Grèce a quatre fois plus d'enseignants que la Finlande, le pays le mieux situé dans le dernier rapport PISA, alors que cette surpopulation d’enseignants n'a servi qu'à être parmi les pays européens disposant du plus bas niveau dans presque tous les tests éducatifs alors que leurs enseignants ainsi que ceux de l'Espagne et du Portugal (dont les résultats obtenus sont aussi mauvais, même après le Luxembourg) sont les mieux payés au monde, ont le plus d’abstention et le moins d’élèves.

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