jeudi 11 juin 2015

Philippe Manière, qui se dit libéral, pense que cupidité et esprit d'entreprise vont ensemble.

Pourquoi devrais-je me soucier des générations futures?
Qu'ont-elles fait pour moi, les générations futures?
Groucho Marx


C'est ce qu'il expose dans le magazine Challenges du 11 Juin. Il dit que les Français sont réfractaires à la cupidité, donc à l'esprit d'entreprise, pour trois raisons connues depuis des lunes: Ils sont catholiques; ils sont influencés par le socialisme marxiste; ils sont étatistes. 
Et bien entendu ils ont tort. 
Ce pourquoi la France est l'homme malade de l'Europe, credo évident et ancien de tous les libéraux, que j'entendais déjà quand j'avais quinze ans.
Mais la cupidité est tout le contraire de l'esprit d'entreprise.
L'esprit d'entreprise perçoit l'argent comme un outil d'échange, un moyen dans la poursuite d'un but: construire l'entreprise qui crée des richesses pour tous et qui survit en étant compétitive. L'argent doit rester dans l'entreprise pour être investi, pour financer la recherche, pour produire efficacement, pour gagner des parts de marché, pour retenir et entretenir les savoir-faire des employés en les payant bien, en les formant, et en les faisant participer à un projet. Le vrai entrepreneur se paye très correctement mais sans plus. Il se payera vraiment un jour quand, préparant sa retraite, il vendra son affaire à ses successeurs, de préférence déjà cadres de sa firme, donc connaissant la stratégie et le métier.
L'esprit cupide considère...

L'esprit cupide considère que l'argent en soi est le but et aussi la seule réalité, et encore, qu'il ne devient réalité que lorsqu'on l'a sorti de l'entreprise (dividendes, bonus, transfert de marges là où elles seront moins taxées, etc.). L'entreprise dont il est actionnaire, qui est loin de chez lui de toute façon et qu'il n'a peut être jamais visité, est un mal nécessaire dont il faut tirer ici et maintenant le plus de liquide possible. Son lien avec elle, c'est les actions qu'il détient, évidemment cotées en bourse. Le cash-flow maximal s'obtient en combattant l'ennemi No 1: Le coût salarial, causé par tous ces parasites à deux pattes qu'on appelle les employés.. Il permet de faire monter le cours en bourse autant que possible, pour commencer à vendre au bon moment, et pour ensuite gagner en vendant "court" pour profiter de la baisse. Et pour que cette vache à lait à double effet marche au mieux, il faut couper les dépenses dans les salaires et aussi dans le long terme (recherche, marketing, et autres coûts fixes qui doivent être sous-traités pour devenir coûts variables...) et exploiter les ressources disponibles, ressources humaines et naturelles d'abord, comme si elles étaient gratuites et inépuisables puisque de toute façon demain nous serons tous morts. D'ici là donc, creusons encore autant qu'on peut les écarts de richesse qui nous protègent de la foule imbécile, qui ne comprend pas les finesses du ratio cout/bénéfice ou de l'EBITDA.*
Mais il a raison de dire que les Français comme beaucoup d'Européens résistent fermement à ce credo. Parce que les valeurs de la cupidité, en effet, ne sont pas chrétiennes (serait-ce donc un tort?); parce que la République française, comme les autres républiques fondatrices de l'UE, a pour ambition de faire en sorte que personne ne soit laissé pour compte dans une société qui reste libre; et parce que cela suppose bien que l'Etat intervienne "autant que nécessaire pour protéger la dignité humaine," dixit Walter Eucken, le père de l'économie sociale de marché, qui cependant n'était ni marxiste, ni français. Car nous savons depuis longtemps que le seul indicateur sur lequel la liberté du marché constitue un système stable, c'est celui de l'accroissement des écarts de richesse.
Et la seule manière de renverser la tendance de cet accroissement des écarts est de supprimer l’Impôt sur le Revenu (qui empêche les démunis d'améliorer leur condition quand les plus fortunés savent comment y échapper), et de le remplacer par la Taxe progressive sur L'Actif Net des seules personnes physiques. Voir sur notre site à http://www.comitebastille.org/p/blog-page_2362.html

Opinion personnelle d'André Teissier du Cros

*Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation & Amortization. Revenu avant intérêts de la dette (car bien entendu ces intérets sont déductibles, voir les conséquence dans le papier leader de l'Economist à http://www.comitebastille.org/2015/05/leditorial-de-leconomist-de-londres-sur.html), les Taxes, et les Amortissements divers.

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