vendredi 29 mai 2015

David Cameron a - encore - rendu un grand service a tous les citoyens de l’UE.

Opinion personnelle d’André Teissier du Cros

L'an dernier, j'expliquais déja ici pourquoi David Cameron protestait que la nomination de Jean-Claude Juncker au poste de Président de la Commission européenne était alors "antidémocratique".
Le gouvernement de l’UE, disait-il, fut fondé sur le respect de la souveraineté de chaque Etat membre. Ce respect est spectaculairement visible à un moment très précis : Quand le conseil des Etats-membres désigne le nouveau Président de la Commission par consensus unanime et non pas par vote. 
Donc la souveraineté de la moindre des nations est respectée, puisqu’une seule d’entre elles peut bloquer la nomination d’un candidat en refusant de rejoindre le consensus. Or le gouvernement de chaque nation-membre a, lui, été démocratiquement élu. Donc le consensus unanime de 28 nations membres impose le respect de la volonté de chaque gouvernement démocratiquement élu. 
Donc, tant que le consensus est respecté, l’UE est démocratique. Mais si n’importe laquelle des nations membres, la Grande Bretagne par exemple, refusait de se joindre au consensus pour nommer un Président dont le groupe parlementaire a eu le plus de votes aux élections européennes, savoir Jean-Claude Juncker leader du PPE, et y mettait son veto à l’appui, alors pour la première fois dans l’histoire, le Parlement européen avait prééminence sur les Etats-Nations membres.
Donc ceux-ci ne n'étaient plus souverains !
Or le respect de cette souveraineté...

 Or le respect de cette souveraineté était une condition essentielle à l’entrée de la Grande Bretagne dans l’UE en 1974.
David Cameron avait donc entièrement raison. Mais il escomptait contrer le Parlement en montrant que son seul veto suffisait pour trancher en faveur d’un candidat ayant son accord a lui. A fortiori, évidemment, le veto de la Grande Bretagne, qui n’a aucune leçon de démocratie à recevoir de personne. Et en effet, contrairement à ses espoirs confiants, le Parlement Européen a pris le pouvoir.
Angela Merkel, grande magicienne du consensus qui, elle, n’a pas de lecons à recevoir de l’Angleterre en matière de pragmatisme, prit alors acte de la situation avec la plus grande habileté. Elle a dit : « Après tout, si David Cameron veut un vote, donnons-lui ce vote, puisque nous en connaissons tous l’issue. » L’échec du veto de Cameron a fait alors basculer l’UE vers un plus de souveraineté et un plus de démocratie en même temps, puisque, si l’UE doit devenir une Fédération, alors elle doit bel et bien laisser le Parlement former une majorité, et laisser le leader de cette majorité prendre la présidence…
Grace à David Cameron, le précédent avait donc été créé. Merci, David Cameron.
Et maintenant, il nous fait faire encore un pas dans la même direction. Son parti a gagné les dernières élections législatives alors qu'il avait répété sa promesse d'inviter le peuple britannique à un référendum, qui confirmerait ou infirmerait sa volonté de rester membre. Ce référendum aura donc très probablement lieu d'ici 2017. Mais...
Les électeurs ont aussi infligé une défaite au parti anti-Europe, l'UKIP de Nigel Farage, et conforté la position du SNP, le parti nationaliste écossais qui, lui, reste pro-européen. Si le Royaume Uni sort de l'Europe, le SNPi proposera de nouveau l’indépendance à ses électeurs, en réitérant l'intention de rester membre de l'UE.

D'ici là, je parie que, d'ici nos élections de 2017:
  • Le Royaume Uni restera membre, 
  • donc l'Ecosse restera britannique, 
  • donc la position éminente de notre très vieil allié, de membre au Conseil Permanent de Sécurité de l'ONU, ne sera pas remise en question, comme ce serait probable en cas de ce double éclatement,
  • donc le statut de fait de quasi-colonie des Etats Unis, qui est celui de la nation britannique pratiquement depuis la deuxième guerre mondiale, sera, lui, remis en question.

Et tout cela sera tant mieux pour tout le monde.

Bien sur il y aura des négociations très vives. 

Mais au cours de celles-ci, David Cameron découvrira de plus en plus ce qu'il soupconne déja: que si son pays s'oppose à l'évolution fatale de l'UE vers une harmonisation du processus budgétaire, des codes fiscaux, de la protection sociale, des instruments de garantie souveraine de l'investissement à très long terme dont tout le monde a besoin, l'Allemagne en particulier, et de la réglementation des banques et des marchés financiers, alors il va s'isoler de plus en plus; que s'il insiste pour qu'on retire du préambule des traités européens la déclaration d'intention de progresser vers toujours plus d'union politique, alors il se condamnera à laisser l'avenir de l'Europe se décider entre les quelques pays du noyau dur, du "cœur d'Europe." Et les chefs d'Etat de ces quelques pays, à commencer par Angela Merkel, sont capables, encore une fois, de lui dire: "chiche!"

Et c'est pour cela que David Cameron, politicien prudent et averti, ne s'est pas risqué à se prononcer lui-même pour ou contre la sortie de l'Europe, le Brexit. Seulement pour une réforme de l'Europe. 

Mais là-dessus, nous sommes tous d'accord.

Encore merci, David Cameron.


André Teissier du Cros

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