mercredi 28 janvier 2015

La Banque Centrale Européenne (BCE) rachète des dettes souveraines... Cela veut dire quoi?

Les dettes souveraines, ce sont les dettes des États. Elles sont élevées comme vous savez. Pour la France, cela fait dans les 2 030 milliards d'euros.
Cela veut dire que la BCE rachète, aux institutions financières qui prêtent déjà aux États, une part de cette dette, et assume donc la dette à la place de ces institutions. 
C'est comme si vous deviez 30 000 euros sur une carte de crédit portant intérêt à 12%, et qu'une banque assume cette dette à votre place mais vous accorde un moratoire vous obligeant à rembourser les 30 000 euros sur 6 ans à 3%, prend sur votre maison une hypothèque ce ce montant, et vous interdit d'utiliser votre carte ce crédit.
Mais d'abord, qui sont ces institutions? 
C'est vous et moi! 
Pour le comprendre,...


Pour le comprendre, lisez le rapport de FONDAPOL à: http://www.fondapol.org/wp-content/uploads/2011/04/DETTE-2011-03-28-BAG-2web.pdf
C'est vous par votre épargne, mais pas directement bien sur. Ce sont des banques, des compagnies d'assurances, et des gestionnaires d'actifs qui détiennent votre épargne (Livrets A, assurances vie, fonds de pension...). Les gestionnaires d'actifs ont des profils de compétences similaires, mais sont spécialisés dans la gestion de votre fortune personnelle (si elle est assez importante pour vous créer ce genre de soucis). Ils placent votre fortune de la manière correspondant à vos souhaits, aux risques que vous voulez prendre, aux secteurs d'activité que vous comprenez le mieux, et vous versent des dividendes, ou une rente. Parmi tous les placements qu'ils peuvent donc faire avec votre argent, le moins risqué en principe est la dette souveraine d'un État parce que, sauf exception très rare, un État paye toujours.
Toujours? 
Quasiment. La France a fait défaut sur sa dette pour la dernière fois en 1797. (Si vous avez oublié votre cours d'histoire, cherchez "tiers consolidé" sur Internet ou allez à http://www.herodote.net/30_septembre_1797-evenement-17970930.php.) La Russie fit défaut en 1917, et les Russes n'ont jamais fini d'en entendre parler. L'Allemagne a fait défaut deux fois au 20e siècle, la dernière fois en 1953. C'est pourquoi les Allemands restent tellement sensibles quand on leur parle d'assumer la dette souveraine d'autres pays.
Mais alors, direz vous, bravo! Pourquoi ne l'a t-on pas fait plus tôt?
A court terme, en effet, cela résout tout. Cela est pour une économie le coup de fouet similaire à la rasade de cognac au voyageur gelé, perdu dans la neige. Le pire, en effet, c'est la déflation comme en 1932 et la suite, car la déflation encourage tout le monde, vous y compris, à dépenser le moins possible en attendant que les prix baissent encore; et à arrêter tous les investissements. Mario Draghi a réussi à en convaincre les Allemands. 
Mais il fait son métier: il dit aussi que ce n'est pas la solution durable. Voir d'ailleurs à ce sujet le rapport de l'iFRAP.
D'abord, à terme, elle peut très bien réveiller l'inflation. En ce moment cela ne fait peur à personne. Mais une fois réveillée, la vraie inflation est très difficile à faire rentrer dans sa cage. On a vécu cela en France de 1945 aux années 80.
Mais surtout, elle n'atteint pas le but véritable, sur lequel tous (Mario Draghi, Jean-Claude Juncker, Angela Merkel, Christine Lagarde...) sont d'accord: La relance des investissements à long terme, les investissements dans les superstructures de demain qui s'appellent transition énergétique et reconversion biocompatible. Celles qui vont créer vite beaucoup d'emplois chez nous-mêmes (et non pas en Chine), vont engendrer les ressources pour investir dans l'éducation et la recherche, vont nous rendre plus compétitifs du simple fait qu'on investit, qu'on forme des salariés et contractants dans des métiers porteurs, et qu'on poursuit ceux des marchés qui sont porteurs à long terme.
Mais, dira t'on, puisque Mario Draghi va racheter plus de mille milliards de dettes  souveraines permettant aux banques d'accorder de nouveaux crédits aux entreprises, pourquoi les banques ne financeraient-elles pas elles-mêmes ces investissements à très long terme?
Parce que nous ne sommes pas folles, diront les banques.
La première chose que nous ferons sera de se servir de cette manne de crédit à très bas taux pour vite dégager des profits à très court terme pour reconstituer nos fonds propres. C'est ce que tout le monde veut, qui nous accuse d’être sous-capitalisées donc fragiles. Charité bien ordonnée commence par soi-même.
Ensuite, c'est aux entreprises de nous proposer des projets à financer. Or dans le marasme économique actuel, elles en ont très peu, et le fait que les conditions des crédits deviennent un peu plus favorables ne va pas y changer grand chose.
Par contre, cette manne de crédit nous permettra de mieux participer à des "opérations de restructuration" (restructuration de bilans réduisant les frais financiers, renégociations de dettes existantes, acquisitions et fusions entre entreprises existantes, déplacements d'actifs dans des pays "compétitifs", suivez mon regard...) toutes opérations juteuses pour nous à court terme, et jugées attractives par le marché boursier.
Et la montée du marché boursier, bouillonnant avant même que la BCE passe à l'action, est là: Le 22 Janvier (Le Figaro), La Bourse de Paris, pratiquement stable à la mi-journée, a terminé en hausse de 1,52%. La Bourse de Londres a pris 1,02%, celle de Francfort 1,32% et Milan 2,44%. L'indice Euro Stoxx 50, qui regroupe les principales valeurs de la zone euro, avance de 1,71% en clôture provisoire. Bonne nouvelle pour les banques d'affaires: voila le bon contexte pour ces opérations de restructuration. Et des brokers seront renfloués, ceux qui permettaient à leurs clients de "faire du levier" (entendez par là se servir de votre argent pour monter d'autres emprunts...)
Mais il y a plus grave. 
Parlons maintenant de la "valeur notionnelle des produits dérivés". Vous ne savez pas encore ce que veut dire ce terme? Vous êtes excusés. Mais il est temps de le comprendre, parce que la valeur en question s'élève à près de 700 000 milliards de dollars, 700 trilliards, soit... 10 fois le PIB mondial! Voyez http://fr.wikipedia.org/wiki/Produit_d%C3%A9riv%C3%A9_financier. En deux mots, ce sont des contrats à terme qui servent d'instruments financiers jusqu'à ce que le terme soit atteint. Si Pierre signe à Jean un engagement à rembourser 10 000 euros dans un an, Jean peut monnayer (vendre) ce contrat pendant ce temps. Ce contrat à terme devient donc un instrument financier. Imaginez maintenant que dans cet exemple "10 000 euros" soit remplacé par "5 tonnes d'aluminium livrables dans un an", et vous avez transformé un risque (que vaudront ces 5 tonnes dans un an?) par une certitude (j'aurai mes 5 tonnes en temps voulu quel qu’en soit le prix futur). En soi un excellent principe, si on en limite l'usage ainsi. Mais depuis les années 80, les institutions financières se sont mises à détourner l'usage de ces instruments notionnels à des fins spéculatives. Voyez plutôt:
 Montants des notionnels en trilliards (chiffres 2013) détenus par quelques banques : Deutsche bank 55,6 (22 fois le PIB allemand), BNP 48,3 (24 fois le PIB français), Barclays 47,9 (26 fois le PIB britannique), Société générale 19,20 (10 fois le PIB français) Crédit Agricole, 16,8 (8 fois le même). Votre bon sens vous dit déjà qu'à des échelles pareilles ces valeurs virtuelles ne veulent plus rien dire.
 La Banque des Règlements Internationaux (BRI) estime que 93% des échanges de produits dérivés sont réalisés entre institutions financières
, ce qui rend les banques interdépendantes et provoquerait un nouveau désastre si l'une d'entre elles prenait de mauvaises décisions d'investissement... Supposons - n'hésitons pas - que la BCE rachète aux banques les en-cours de crédits qu'elles ont auprès des États.  Une perte de 0.16% du montant notionnel des dérivés détenus par BNP Paribas serait alors suffisante pour lui faire perdre l'intégralité de ses fonds propres. Le même chiffre est de 0.22 % pour le Crédit Agricole, 0.26% pour la Générale.Mais qu'importe, pourrait-on dire: Comme ces notionnels représentent des dettes virtuelles interne à la planète et s'annulant les unes les autres, on ne voit pas comment un tel défaut pourrait arriver.
Erreur!
Prenons un exemple simpliste: Supposez que vous, étant banquier d'affaires, obtenez pour B un prêt de 10 millions de A prenant effet dans 6 mois remboursable en 10 ans par annuités; puis pour C un prêt identique de 10 millions de B prenant effet de même; et enfin pour A un prêt identique de la part de C. Et chaque fois vous prenez sur le contrat une commission de 1% soit €100,000. Vous avez créé 30 millions de valeur virtuelle; vous n'avez créé aucune valeur réelle, sauf que vous avez empoché €300 000 de commissions en bon argent. Supposez maintenant que vous pensez, avec de bonnes raisons, que B risque d’être en défaut de paiement dans un an. Vous prenez donc une assurance contre ce défaut - vous vous couvrez, hedging en newspeak financier. Vous gagnez donc vite votre commission sans prendre de risque. Votre "cavalerie en carrousel" vous permet de créer du cash à partir de rien. Imaginez que ce carrousel, c'est l'économie mondiale; que A, B et C sont la myriade d'acteurs de cette économie; que le banquier ici est l'ensemble de la financiarisation en cours dans le monde; et que les €300 000 gagnés (dans un paradis fiscal de préférence) par vous et ceux qui font partie des initiés du système (forcément les plus grosses fortunes), c'est le butin du pillage du monde par la financiarisation. Voir http://www.comitebastille.org/p/comment-le-citoyen-se-fait-plumeret.html
Considérant que les exportations mondiales de marchandises annuelles s'élèvent à $ 18 300 Milliards et à 4 300 Milliards pour les services, quand les transactions sur les produits dérivés de change se sont élevées lors d'une seule journée à $ 5 300 Milliards, vous voyez que le total des dérivés notionnels "pèse" 4 jours de commerce mondial.
Comment cela se termine? Mais par l'explosion d'une bulle bien sur, comme la dernière fois en 2008. De toute manière, ces sont les citoyens contribuables qui paieront la prochaine crise comme d'habitude. Les vrais contribuables, les non-initiés: surtout les classes moyennes, et PME non cotées.
C'est le système lui-même qui ne fonctionne plus. Les marchés sont heureux, on leur donne de l'argent, les taux disponibles sont difficilement plus bas, continuant à entretenir un abime de plus en plus profond entre les super-riches et les autres.
Maintenant parlons de le Suisse ces derniers jours.
Ce qui a été le révélateur permettant la lecture des conséquences de la décision de la BCE, mais qui s'est passé très discrètement, c'est la décision de la Banque Nationale Suisse de casser le cours plancher du franc suisse encore récemment indexé sur l'euro.  La BNS, reconnue pour son rigorisme budgétaire, a choisi de reprendre son indépendance par rapport à la BCE en acceptant d'anticiper une contraction monétaire, une baisse de la demande intérieure, une augmentation de son taux de chômage et une stagnation économique induite par la baisse de ses exportations. La BNS a anticipé les rachats de dettes souveraines par la BCE et la baisse de l'euro qui l'obligerait de toutes manières à compenser une hausse du franc suisse. Pour les Suisses, le hausse brutale de leur Franc va faire mal. Mais la Suisse, quand elle voit le danger, est énergique et silencieuse à la fois.

En attendant, les états surendettés et sans croissance naturelle (croissance de l'activité réelle, pas du PIB) courent un risque croissant de défaut sur leur dette, voire de faillite, aux frais de leurs épargnants et contribuables.
Mais en pratique, que faire? 
Nous expliquons ici depuis 2010 notre réponse: 
Abolir dans nos codes fiscaux la fiscalité qui tue l'effort à long terme, pénalise ceux, individus comme entreprises privées, qui devraient être encouragés à faire cet effort, permet aux paradis fiscaux de protéger sans risques le crime économique (et écologique), et favorise la spéculation immédiate. Abolir autrement dit tout Impôt sur le Revenu.
Engager le Projet Taxe sur l'Actif Net, voir http://www.comitebastille.org/2014/02/comment-la-taxe-sur-lactif-net-tan.html, pour:
  • Rendre obsolètes les paradis fiscaux et taxer progressivement le patrimoine des personnes physiques, pour que les plus fortunés et leur portefeuille de leurs placements financiers payent enfin leur juste part;
  • Imposer la discipline budgétaire qui arrête la course à l'endettement de notre pays, et des membres de l'UE qui nous suivront l'un après l'autre;
  • Relancer massivement l'activité des Français en France en mobilisant leur propre épargne pour injecter 100 milliards par an dans les investissements à très long terme, investissements rendus attractifs par l'abolition de tout impôt sur le revenu (IS, IRPP, CSG...) La seule exécution de ces investissements peut mettre chaque année directement au travail 300 000 salariés et contractants,plus les activités connexes et adjacentes induites par les entreprises actrices de ces investissements.
André Teissier du Cros, Président

Eric Wallez, Président Chapitre Languedoc. 

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