dimanche 12 octobre 2014

Michel Sapin a de la chance…



Il a pu constater plusieurs fois, étant aux commandes et ayant toutes les données en main, que le budget de la France fonctionne maintenant à déficit constant.
En effet quoiqu’on fasse, et quel que soit le parti au pouvoir, notre déficit se maintient entre 4% et 4,5% du Produit Intérieur Brut (PIB).
Si on essaye de réduire les dépenses, cela veut dire que l’État dépense moins, donc que les fournisseurs ou salariés de l’État gagnent moins. Ce qui provoque une réduction des recettes fiscales et un accroissement du chômage du coté du secteur public. On se retrouve au même taux de déficit.
Si on essaye d’augmenter les recettes, c'est-à-dire les impôts, les particuliers comme les entreprises dépensent et investissement moins. Ces dernières licencient plus, limitent leurs salaires, et embauchent moins. Les rentrées fiscales nouvelles manquent à l’appel, ce qui provoque un accroissement du chômage du coté du secteur privé. On se retrouve au même taux de déficit.
Michel Sapin comme ses prédécesseurs peut dire que cette situation n’est pas de son fait, il en a hérité… et les causes en remontent vers 1975, date vers laquelle déficit, dette et chômage ont commencé à dériver.
Evidemment ce n’est pas si simple. 


Voyons de plus près quelques chiffres 2013 (sources Eurostat et Statistiques-mondiales) de quatre pays européens très voisins à tous points de vue:


Pays
Chomage 2010
Chomage 2013
Deficit 2010
Deficit 2013
Pression fiscale 2010
Pression fiscale 2013
Dette 2010
Dette 2013
France
10%
10,3%
-7%
-4,3%
56,6%
57,1%
82,7%
93,5%
Italie
8,8%
12,6%
-4,5%
-3%
50,5%
50,6%
119,3%
132,6%
Royaume Uni
8%
6,4%
-10%
-5,8%
49,9%
47,1%
78,4%
90,6%
Allemagne
6%
4,9%
-4,2%
0%
47,9%
44,7%
82,5%
78,4%



L’Italie a abaissé son taux de déficit de 3% et n’a pas aggravé sa pression fiscale mais a laissé son chômage et sa dette fortement augmenter.
Le Royaume Uni souffre du déficit encore le plus élevé mais il a baissé. Le chômage et la pression fiscale aussi. Le prix à payer a été une nette aggravation de la dette.
L’Allemagne est la meilleure : Le chômage, la pression fiscale et la dette sont en baisse et le déficit est tombé à zéro ! Et d’autres pays peuvent en dire presque autant : Suède, Danemark, Finlande, Pays Bas, Autriche par exemple.
Pour la France, Michel Sapin peut dire que le chômage et la pression fiscale (record du monde) se sont seulement un peu aggravés, la dette a un peu augmenté, et le déficit a baissé mais pas assez : Il ne voit pas comment on pourrait atteindre les 3% fatidiques avant 2018 au mieux…
Peut-on dire que c’est « la faute à l’Euro » ? Honnêtement, non. Le Royaume Uni et la Suède n’y sont pas. L’Autriche et la Finlande y sont. Evidemment on doit bien reconnaitre que l’Euro fort a pesé sur les exportations de la Zone. Mais il est tombé de 1,38 à 1,26 dollars entre Aout et Octobre.
Alors ?
Parlons maintenant d’autres chiffres et faits qui ont moins l’attention des dogmatiques de l’économie à droite comme à gauche :
La France porte la charge de … non ! Pas de sa fonction publique, puisque la Suède a plus de fonctionnaires que nous et que les profs allemands sont deux fois mieux payés que les français. Le nombre de nos emplois publics est assez similaire à celui d'autres pays de l'OCDE. La France, avec 90 emplois publics pour 1 000 habitants, a le même nombre d'emplois publics que le Royaume-Uni (88 ‰) mais est très en deçà des pays nordiques (160 ‰). Mais si l'on compare avec l'Allemagne, le ratio est de 70 ‰, soit près de 20 ‰ de moins que la France. C’est donc l’Allemagne qui se distingue, là encore.
Non, ce qui distingue la France est la charge de son immense classe politique résultant des fameux millefeuilles : Un élu pour 120 Français, de loin le record d’Europe, voir http://fr.slideshare.net/joyeuxnain98/le-mille-feuille-francais-560000-lus
La France a beaucoup de chômeurs, mais aussi beaucoup d’argent et d’actifs qui dorment. L’épargne est record. Le Français est au 7e rang mondial en termes de patrimoine net. Et la population grandit chaque année de 400 000 nouveaux français, qui sont nés ou qui ont été légalement naturalisés[1] (100 000 environ.)
L’Allemagne est plus compétitive pas seulement par son immense industrie (30% du PIB contre 10% en France et en Grande Bretagne), elle l’est par ses artisans, ses commerçants, même son agriculture… mais elle a sacrifié sa natalité et ses équipements publics sur l’autel de la compétitivité, donc a sacrifié son avenir à long terme. Or ne voila t-il pas que son économie ralentit ! On ne peut être éternellement champion de l’exportation quand les pays clients sombrent dans l’austérité.
Oui, mais les 3% de déficit ? Il faut quand même qu’on rassure Bruxelles !
Bon. Pourquoi 3% ?
Parce que quand on a créé l’Euro on a posé comme axiome qu’un pays consacrait en moyenne trois pour cent de son budget à investir dans ses infrastructures, donc à très long terme, donc s’enrichissait autant. C’est logique : Si vous achetez une maison et vous endettez de 70% du prix de cette maison, vous ne vous êtes pas appauvris, au contraire. De même pour la nation. (Sauf qu’à ce prix-là on aurait aussi du compter comme investissement l’accroissement de la population et la production de diplômés, donc de l’éducation, mais passons.)
Seulement voila : Cela fait plusieurs années que la Zone Euro investit beaucoup moins que 3% dans ses équipements à long terme ! Et ça, ce n’est pas le fait de la France, mais de toute la zone, Allemagne compris ! C’est nous tous qui devons investir dans des nouveaux citoyens, une meilleure éducation apprentissage compris, et des équipements, à commencer par les investissements « verts » qui lanceront la transition énergétique et la reconversion biocompatible, capables de créer trois millions d’emplois de plus en dix ans … Comment ?
En changeant de paradigme fiscal pour pouvoir attirer naturellement l’épargne française vers ces investissements à très long terme sous forme soit d’emprunt soit de fonds propres. Ce qui suppose d’abolir l’impôt sur le revenu qui, autrement, taxera chaque année ces investissements… Voyez la suite sur http://www.comitebastille.org/p/blog-page_2362.html
André Teissier du Cros




[1] Donc ne sont plus des étrangers, n’est-ce pas Monsieur Zemmour, retenez le bien !

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