lundi 31 mars 2014

Réveillez-vous, Monsieur le Président! Lettre ouverte à François Hollande.

Vous aviez dit en 2012 : « Mon ennemi, c’est la finance. »
Il est temps de corriger ce malentendu, et de cesser, sous prétexte de justice fiscale, de faire payer les innocents pour les fautes de ceux qui savent se servir des lois pour le pillage, et sous prétexte d’austérité, de décourager l’esprit d’entreprise à tous les niveaux.
Vous êtes socialiste, donc de gauche. Et la gauche, c’est elle qui le dit, vient de vivre une Bérézina aux municipales. C’est donc tout de suite qu’il faut agir.
En France, qu’elle soit socialiste, communiste, sociale-démocrate, libertaire ou sociale-chrétienne, la gauche n’aime pas les « riches ». Elle confond pêle-mêle, derrière le mot « riche » :
  •     Ceux qui ont simplement un salaire élevé,
  •     Ceux qui entreprennent et créent des emplois,
  •     Ceux qui innovent et créent des industries,
  •     Ceux qui épargnent intelligemment, pour être propriétaire chez eux,
  •     Ceux qui héritent, et payent au passage des droits de succession,
  •  Ceux dont le métier est financier (banques, auditeurs, experts comptables, avocats d’affaires, bureaux d’études, mais le font de façon honnête),...
  •   Et ceux qui font fonctionner...
Ceux qui font fonctionner la financiarisation et la titrisation avec des compétences (il en faut), de l’expérience (il en faut beaucoup), des informations (beaucoup aussi, mais surtout art de savoir ce que le public ne sait pas), des connaissances comptables, juridiques, et fiscales (ce qui est le grand art, parce que cette jungle infiniment complexe pousse et change tout le temps), des connaissances des instruments financiers enfin (un monde à lui tout seul)  pour, dans la légalité, piller salariés, consommateurs, contribuables et ressources naturelles et s’enrichir par des actions immédiates, instantanées; parfois la fraction de seconde dont un ordinateur a besoin pour lancer un ordre au marché puis un contrordre de couverture du risque que cet ordre a pu engager (hedging).
Ces derniers – la seule septième catégorie - pratiquent la financiarisation à fins spéculatives. Et parfois, leurs exécutants de première ligne ne sont pas forcément riches, ou, du moins, pas encore !
Parce qu’ils rendent possible un enrichissement rapide par le pillage généralisé, c’est ceux-là, et non pas la « finance », ce sont donc ces derniers qui sont vos vrais ennemis, les ennemis du pays, les ennemis de l’Europe, les ennemis du monde, et aussi de la planète. C’est eux que la réforme fiscale doit non pas pénaliser (car c’est totalement impossible avec les lois actuelles, autant, à Chicago en 1925, taxer les munitions des mitraillettes d’Al Capone pour combattre le crime) mais décourager, parce que les actions spéculatives qu’ils gèrent cesseraient tout simplement d’être profitables. 
Et ceci bien sur avec de nouvelles lois, en commençant par le code fiscal. Des lois qui font en sorte que le crime ne paye plus.
Si vous annoncez que la France va immédiatement amender sa constitution pour permettre à la Cour des Comptes d’exercer un droit de veto imposant a l’État et aux Régions de respecter un plafond global dans leur budget consolidé de l’an prochain, donc que la France est redevenue entièrement crédible financièrement,
Si vous annoncez que la France va, en dix ans, remplacer par étapes tout impôt sur le revenu en commençant par l’impôt sur les sociétés, puis la taxe foncière, l’IRPP et CSG, les droits de succession, par une taxe unique sur l’actif net des seules personnes physiques; donc que dans dix ans l’entreprise française ne payera plus d’impôt sur le revenu, donc que tout paradis fiscal deviendra obsolète à cet horizon,
Si vous annoncez que pendant cette transition les entreprises verront l’impôt sur les sociétés tomber à zéro par étapes, et que les salariés, artisans, professions libérales et en général tout travail rémunéré verront l’impôt sur le revenu (IRPP ; CSG) tomber de même ;
Si vous annoncez que les cinq impôts abolis par étapes seront remplacés, euro pour euro chaque année, par une simplification de l’ISF en une Taxe générale sur l’Actif Net (TAN) des seules personnes physiques, laquelle à elle seule rapportera l’équivalent de la recette de ces 5 taxes, soit environ 200 milliards;
Si vous annoncez que la BPI pourra souverainement, sur le modèle allemand, garantir des crédits à bas taux (0,75% à 2%) et très long terme  (30 à 100 ans) financés par l’épargne publique, et que la défiscalisation totale qui en résultera pour les entreprises de l’investissement à très long terme changera complètement leur rentabilité future, telle qu’elle sera évaluée par les ingénieurs exécutant les études de faisabilité ; ces investissements visant d’abord la reconversion biocompatible de notre économie (transition énergétique, conversion de l’habitat vers l’économie puis l’auto génération de l’énergie, mise en valeur de la filière bois capable à elle seule de créer sept cent mille emplois si elle arrive seulement à l’efficacité allemande, sauvetage des nappes aquifères, innovations dans la mobilité des personnes aussi bien individuelle que collective, etc., etc.) ;
Alors vous serez revenu au programme qui aurait pu être le Programme Commun de la Gauche et des Verts en 2012, qui reste aussi actuel, mais est devenu encore plus urgent.
Veuillez recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de mes sentiments très respectueux,
André Teissier du Cros

2 commentaires:

  1. J'espère de tout cœur que vous serez entendu et suivi…
    Mark Peeters

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    1. Merci, Mark. N'hésitez pas à m'en dire plus sur vous à atc@comitebastille.org

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