samedi 8 mars 2014

Nucléaire, gaz de schiste et autres fossiles, énergies douces et vertes, économies d’énergie, stockage d’énergie… Quel débat ?



Challenges du 6 Mars met en couverture le retour du nucléaire. Il publie un dossier de qualité, et ouvre ses colonnes à François Levêque, professeur d’économie à Mines Paristech, expert du sujet qui a publié Nucléaire On/Off chez Dunod. Leurs conclusions sont sérieuses dans le paradigme économique et fiscal actuel, car ils mettent tout de même un sérieux bémol sur l’enthousiasme des pro-nucléaires en raison des querelles et incertitudes quant aux risques illustrés par autrefois Tchernobyl et récemment Fukushima.
En gros, les faits qui s’en dégagent, trois ans après Fukushima :

Le nucléaire serait un mal nécessaire en attendant que les énergies douces aient vraiment décollé.
Sinon, la consommation fossile, de charbon d’abord, qui est déjà énorme, s’envolera plus vite encore pour nous offrir une pollution de l’air à la chinoise.
La Grande Bretagne va construire 16 000 MégaWatts (MW) de capacité nucléaire et achète trois centrales EPR de technologie française dont les opérateurs seront EDF Energy et GDF Suez.
La Turquie est en négociation pour 4 centrales.
Le Japon, qui a stoppé net toutes ses centrales nucléaires depuis Fukushima, voyant la note de l’énergie importée accroissant ses couts de $50 milliards par an, envisage timidement de les redémarrer mais fait face à une forte opposition publique.
70 nouveaux réacteurs sont en construction dans le monde, et 172 sont en commande, surtout en Chine, Russie et Inde.
Mais il se construit encore, dans le monde, une centrale au charbon par jour !
L’Allemagne, elle, n’est pas d’accord. Bien que les Allemands payent déjà presque le double des Français pour leur énergie, l’Allemagne maintient son calendrier de sortie du nucléaire, et fait cavalier seul. Les Allemands sont-ils fous, ou clairvoyants ? Remarquez qu’ils continuent à garantir souverainement les Investissements à Très Long Terme (ITLT, voulant dire avec des retours de l’investissement sur 30 à 100 ans) dans la filière énergie par le biais de leur KFW Bankengruppe et de leur nouvelle Deutsche Energie Agentur (DENA) qui permet les ITLT à très bas taux offerts à tous, y compris aux PME et particuliers. Curieux, non ?

Nous empruntons à l’excellent site web du think tank Manicore le graphique montrant la croissance de la consommation mondiale d’énergie entre 1860 et 2005. (L'unité est le million de Tonnes Équivalent Pétrole, cette tonne équivalant a 11600 kWh.) 
Il est éloquent. Dans le paradigme économique actuel (croissance du seul PIB, entretenue surtout par la consommation, elle-même comprenant une bonne part d’énergie, le tout géré par les marchés financiers capables d’imposer leurs lois) nous, nos enfants et petits-enfants sommes fichus à long terme.
Pour sortir de ce scénario infernal il faudrait :
1.   Accélérer en tout premier les économies d’énergie. Ce qui suppose des ITLT. Qui les payera ?
2.   Accélérer la construction d’un réseau européen interconnecté de transport et stockage de l’énergie dit Volt-Gaz-Volt (VGV). En gros, l’énergie électrique produite chez vous (photovoltaïque…) ou dans votre quartier (éolienne, biomasse, autres) qui n’est pas consommée maintenant est convertie en gaz, lequel est stocké et transporté pour être disponible ailleurs, ou la demande en ce moment même est plus forte. Un superbe projet, mais qui suppose des ITLT. Qui les payera ?
3.   Accélérer la mise au point de procédés générateurs ou convertisseurs d’énergie améliorés (moindre cout d’investissement, meilleurs rendements…) ou carrément innovants. Ce qui suppose des ITLT. Qui les payera ?
4.   Accélérer fortement la génération d’énergies douces, assez vite pour que les effets d’échelle réduise les couts d’investissements dans ces énergies. Ce qui suppose des ITLT. 
Qui les payera ? Et comment seront-Ils financés?

En tout cas pas par la bourse! Dans un marché financier aussi libre qu’il l’est aujourd’hui, avec les outils informatiques qui permettent la spéculation instantanée ou les décisions prennent des fractions de seconde, plus les possibilités offertes par les paradis fiscaux, les investisseurs ont de bien meilleures opportunités que d’investir à TLT. Et surtout faites attention que le service public qui est coté en bourse est forcement géré dans un conflit d’intérêt majeur : Celui entre l’actionnaire, dont il faut valoriser l’investissement aussi vite que possible, et le public, qui doit être servi et sécurisé exhaustivement et à long terme. N’oubliez pas que Tepco, exploitant de la centrale de Fukushima, était coté en bourse. C’est la raison pour laquelle nous sommes contre l’introduction en bourse d’un service public sauf à accepter de signer un pacte de gouvernance, voir nos propositions à ce sujet. Tepco, notez-le bien, a été sagement nationalisé par le gouvernement japonais en Mai 2012. C'est normal: Puisque le contribuable a été le payeur en dernier recours, c'est bien le représentant du contribuable, c'est-à dire l'Etat japonais, qui est l'actionnaire seul légitime.

Des personnes privées et fortunées ? Cela arrive (Business Angels) mais rarement à l’échelle nécessaire. Si Vincent Bolloré n’avait pas eu le culot d’investir des milliards de sa poche dans la filière du véhicule électrique et ainsi prendre une avance certaine, on attendrait encore que les grands de cette industrie prennent de tels risques. Mais nous n’avons pas assez d’entrepreneurs capables de risquer leur propre patrimoine à une telle échelle. Et pourtant l’argent est là : Le patrimoine privé (ménages et entreprises) de la France est voisin de 11 500 milliards dont presque 4 000 milliards d’actifs financiers. Les Français continuent depuis 1950 à épargner 15 à 16% de leurs revenus. Seuls les Allemands font un petit peu plus. Rappelons que notre dette frise les 2 000 milliards. En France les personnes en age d’être actives sont trop souvent en chômage, et leur argent aussi !

L’État ? C’est-à-dire nous les contribuables, grâce aux impôts que nous avons payé ? Oui bien sur ! Sans l’État investisseur, la France serait restée un pays peu industrialisé et important son énergie comme avant 1940. Et la garantie souveraine de l’État exercée à travers la Caisse des Dépôts, le Crédit National, et autres institutions du passé nous a permis d’investir à TLT de 1945 jusqu’aux années 80. Mais aujourd’hui, l’avez-vous remarqué ? L’État est déficitaire, et a vendu depuis 1980 énormément d’actifs au nom de la sacrosainte privatisation. Et sa dette s’accroit fatalement.
Nous Comité Bastille proposons de changer de paradigme.
Nous affirmons que si nous dotons la Cour des Comptes d’un veto souverain interdisant que la dépense publique franchisse un plafond que la dite Caisse piloterait en fonction de la démographie et des investissements TLT, si ces ITLT étaient eux-mêmes pilotés par la Banque Publique d’Investissements (BPI) qui exercerait la garantie souveraine de l’État, alors ce changement de paradigme, la reconversion biocompatible de notre économie, devient possible.
Nous affirmons que si on se donne dix ans pour abolir par étapes tous impôts sur le revenu, l’impôt foncier et les droits de succession, et si on étend par étapes une Taxe sur l’Actif Net des seules personnes physiques remplaçant l’ISF, alors nous pouvons commencer à réduire notre dette, puis à combler notre déficit, et la BPI peut drainer jusqu’à 100 milliards d’épargne par an pour faciliter et garantir les ITLT correspondants. 
Cette réforme fiscale rendra obsolètes les paradis fiscaux et attirera aussi l’investissement étranger. Et L’effet de ces ITLT sera, entre autres, une très forte création d’emplois. Nous l'avons évalué (document disponible montrant l'évaluation par secteur économique) à trois millions d'emplois en dix ans.
Allez voir comment en voyant nos présentations PowerPoint de notre Projet TAN. La première en cliquant ici, et la seconde en cliquant ici.



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