vendredi 27 juin 2014

Sommes-nous trop endettés? Cela dépend de l'avenir que nous voulons.

Article de Janvier 2014, mis à jour et complété le 27 Juin 2014.

Trop endettés? La encore, le bon sens nous amènerait à répondre oui. 
La dette publique de la France était de 30% du Produit Intérieur Brut (PIB) en 1978 ; de 60% en 2007. 
Elle a atteint 75.8% (environ 1 500 milliards) fin 2009. Depuis elle a dépassé 90% et Marie Visot (Le Figaro) annonçait 93,1% pour 2013 (1 925,3 milliards) et prévoyait 95,4%, soit 1 950 milliards, pour fin 2014. 
Nous avons appris depuis que notre déficit atteindra 4% au lieu de 3,7%; et que l'INSEE a révisé ses chiffres pour fin 2012: Dette de 90,6% du PIB au lieu de 90,2%! 
Bref la dérive continue. 
Celles des USA, de la Grande Bretagne et de la plupart des pays membres de l'UE, de l’OCDE, (voire de l’ONU), en ont cependant fait autant, et pour certains beaucoup plus. 

La dette de la vertueuse Allemagne a quand même atteint 82% de son PIB vers Mai 2013, son niveau historiquement le plus élevé malgré deux années de croissance relativement forte en 2011 et 2012: Ces chiffres viennent d'une étude publiée en début 2013 et reprise dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Ses auteurs sont deux économistes, Lars Feld et Ekkehard Köhler. Ils concluent que "le niveau de la dette allemande n'est historiquement pas soutenable." Leur argument est que les chiffres sont incomplets, ne tenant pas entièrement compte des dettes des Laenders (Régions) et de leur taux d'accroissement mal contrôlé. Mais tiens? Depuis, cette dette a baissé à 78,4%...

Prenons du recul: L’endettement n'est qu'un aspect d'une crise mondiale. 
En réalité aucune démocratie, sauf deux exceptions, n'est arrivée à fonctionner à pression fiscale décroissante, parce qu'aucun politicien de carrière ne sait se faire élire autrement qu'en faisant des promesses couteuses, alourdissant les déficits et la dette. (Je sais que la Suède s'est imposée un traitement de choc pendant un court moment mais elle avait atteint une pression fiscale de 67%, du jamais vu dans l'histoire du Monde Libre.) 
Les deux exceptions sont la Suisse et l'Allemagne pour la même raison: Une disposition constitutionnelle garde-fou (pour l'Allemagne elle est administrée par la célèbre Cour Constitutionnelle de Karlsruhe) qui interdit à un gouvernement de dépasser la ligne rouge d'un certain plafond des dépenses budgétées et votées.
Il nous faut un veto souverain de la Cour des Comptes, comme nous le proposons, pour forcer tout gouvernement national ou local à gérer avec rigueur les affaires publiques.
Les Français bénéficient cependant d’une situation favorable, qui est peu commentée (le document ci-après, que j'emprunte au site de Christian Berthier, date de 2012, merci si vous pouvez en trouver une mise à jour mais sa signification n'a pas changé pour la décennie) : 

(Source: Voir Finances Publiques pour Tous, Christophe Berthier)

La dette globale française, sur ce tableau qui illustre l'endettement total (et non pas seulement la dette publique) en % du PIB, est plus basse que celle des principaux pays cités après l'Allemagne;  mais elle s'est aggravée de 40% entre 2000 et 2010, ce qui est inquiétant, peut-on conclure: nous continuons à clamer notre désespoir tandis que le navire continue à sombrer. Entre deux sanglots, notez tout de même que le chiffre de l'endettement des ménages francais est nettement plus faible qu'en Grande Bretagne, en Allemagne, aux États Unis et en Espagne.
Mais les choses changent nettement si on compare la dette totale non pas au PIB, mais au patrimoine privé du pays, de l'ordre de 12 500 milliards. Elle est de moins de 30% du patrimoine privé (particuliers et entreprises). 
En 2011, (La Tribune) les Français détenaient déjà un patrimoine privé valant huit fois leurs revenus.
En Octobre 2013, une étude du Crédit Suisse citée par Atlantico annonçait qu'avec un patrimoine par tête de 219 000 euros, les Français se situaient au 7e rang mondial de la richesse par tête.
Les Français eux-mêmes sont donc, à cette mesure, nettement moins endettés que les citoyens japonais, britanniques, hollandais, danois ou américains (chez qui l’endettement est partie du mode de vie, à partir de l'étudiant qui doit s'endetter pour payer ses études) et que beaucoup d’autres; et le patrimoine français se valorise à un taux deux fois plus rapide que le PIB depuis une trentaine d’années. Emmanuel Thibault, de l’Université de Perpignan, en indiquait justement une raison (mais il y en a d'autres) : L’inflation du prix de l’immobilier, poussée artificiellement par les aides au logement (APL, ALS, ALF). Autrement dit les aides au logement enrichissent surtout les propriétaires, et nous avons toujours en France 10 millions de mal logés. La situation de certains est déjà critique, et cela va s'aggraver, ne fut-ce qu'avec les coûts futurs de l'énergie qui vont fatalement rattraper les couts allemands et européens.
J’y ajoute cependant deux autres facteurs.
L’un est notre population croissante : en 2005-2007 le taux de croissance était de 0.6% par an, 395,000 français de plus chaque année, record européen ; contre 0.42% pour la Grande Bretagne, 0.23% pour les Pays Bas, 0.13% pour l’Italie, et moins 0.14% pour l’Allemagne… Depuis tous les chiffres se sont dégradés et le taux français est tombé vers 0.5%, restant cependant bien au dessus de la moyenne de l'UE.
Ce chiffre était à comparer au 1% de la population américaine jusqu'à 2007, lequel, depuis deux siècles, est le principal facteur, on l'oublie toujours, poussant la croissance américaine. Hélas pour l’Amérique: ce taux est tombé à 0,9%, puis 0,7% en 2012 et 2013.
L’autre est la France elle même, paradis terrestre à plus d’un titre. Elle attire silencieusement de plus en plus de retraités européens, attirés par des prix encore raisonnables, par les équipements publics, et particulièrement par le système de santé. Ils ont été déçus, voire floués en Espagne qui en attirait beaucoup (notamment allemands et britanniques.) Leurs achats soutiennent des prix déjà hauts malgré la crise, surtout au Sud de la Loire et à L’Ouest du Rhône, la Provence étant déjà surévaluée et sur-bâtie.
Mais toutes ces explications ne justifieraient pas l'optimisme. Nous sommes tous dans un bateau de sauvetage, sur une mer qui devient houleuse, et y être assis bien au milieu à l'abri des embruns en nous cramponnant frileusement à notre tirelire n'est qu'une maigre consolation.
Dans ce contexte, ce que nous proposons apporte des solutions structurelles, donc durables, qui vont mettre au travail à grande échelle tous les Francais et leur épargne. Le bateau coule, tout le monde aux pompes, et sous le pont pour réparer la coque : 
La suppression graduelle de l’Impôt sur le Revenu favorisera les entrepreneurs, les investisseurs et les épargnants, et déchargera les classes moyennes et les PME. Mais surtout - surtout! - elle permettra une grande relance de l'activité du pays pilotée par la Banque Publique d'Investissements (BPI) (qui, en ce moment, se contente de faire de l'affairisme classique avec un joujou de 10 milliards.) 
Celle-ci pourra apporter sa garantie souveraine à des crédits à très long terme (30 à 100 ans) et bas taux (0,75% à 2%) aux entreprises petites et grandes et aux particuliers. 
Ils financeront toutes les activités agricoles, industrielles et commerciales de la reconversion biocompatible de notre économie. 
Nos évaluations montrent que la BPI peut lever cent milliards par an pendant dix ans (mille milliards, ce n'est jamais que 8% du patrimoine) de l'épargne publique dormante. 
Ils seront faciles à lever puisqu'il s'agira que les Français s'endettent eux-mêmes pour prêter aux Français, pour alléger notre dette étrangère (la plus dangereuse) et profiter d'investissements dans des entreprises et leurs salariés qui, les uns comme les autres, sont destinés à ne plus payer l’impôt sur le revenu après une transition de dix ans. En outre, ils échapperont à la surcharge des taux commerciaux, puisque la BPI sera seule à financer le risque de ces crédits. Le rôle des banques se limitera à leur gestion et sera rémunéré pour le service et non plus pour le risque. Des banques qui, soit dit en passant, seront séparées au niveau de l'actionnariat même entre banque d'affaires et banques de dépôt.
La nouvelle Taxe sur l’Actif Net, une seule taxe sur le patrimoine remplaçant les trois existantes (Taxe foncière, droits de succession, ISF)  encouragera à mieux valoriser les investissements au lieu de spéculer sur des bâtiments vides. 
La disparition des amortissements fiscaux encouragera à investir pour le long-terme. 
La réglementation du marché boursier - réforme profonde du stock-optionisme, interdiction à la société publique de racheter ses propres actions et ainsi déclencher le stock-optionisme et les délits d’initiés qui l’accompagnent, de ce fait stabilisation progressive des cours de bourse - va ramener des fonds à investir vers l’immobilier, notamment l’investissement à 30-50 ans dans des immeubles de rapport à loyer modéré, dans la filière bois (50-100 ans), dans la transition énergétique, dans l'agriculture bio, dans le développement des transports, (en commençant par la SNCF qui en a bien besoin) dans le sauvetage des nappes aquifères... 
Ce n'est pas l'ouvrage qui manque. 
Et cette fois, on s'endettera à bon escient...
Pour en savoir plus, venez à notre conférence du 2 Juillet à 19h à l'Assemblée Nationale, et lisez notre Projet TAN.

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