vendredi 3 janvier 2014

Pour une économie laïque.



Max Weber a popularisé l'idée - plutôt fausse d'ailleurs - que le protestantisme avait été le berceau du capitalisme, liant ainsi une religion et un dogme économique. Mais il était assez exact de dire que le judéo-christianisme et le bouddhisme ont été plus favorables au développement de la prospérité; et que le judéo-christianisme a été particulièrement favorable à l'innovation et au progrès technique.

Beaucoup croient - et ils n'ont pas tort - que le catholicisme autrefois et l'Islam aujourd'hui, en interdisant le prêt à intérêt, ont freiné le développement économique, rendant ainsi le crédit improductif.

Je dis (avec Thierry Gaudin et d'autres) que l'économie n'est pas une science parce que l'objet qu'elle étudie, c'est à dire l'être humain en action - et comment ses actions ont pour effet plus ou moins de prospérité - est imprévisible. Elle l'est parce qu'il adapte son mode d'action pour échapper aux lois que le pouvoir politique cherche à lui imposer.

Les dogmes économiques tels que Keynésianisme, capitalisme, marxisme, dirigisme, monétarisme, sont bien comparables à des dogmes religieux, parce qu'ils posent des a priori sacrés:

  • Ainsi, pour les marxistes, la valeur marchande ne peut pas être autre que le travail. Toute "plus-value" est forcément une expropriation. Elle peut être une appropriation, mais pas forcément.
  • Pour les capitalistes depuis 1945 la prospérité ne peut résulter d'autre chose que la croissance du sacrosaint PIB qui est le Bien en soi. Ce qui ne fut vrai que pendant la reconstruction de l'Europe et du Japon de 1945 à 1975 environ.
  • Pour les monétaristes, le pilotage de la croissance ne peut se faire sainement que par le contrôle prudent de la masse monétaire, et celle-ci se faisant par le seul outil du taux d'intérêt de base, en veillant à éviter l’inflation (ce qui est sain). Mais c’est souvent faux : Les entreprises allemandes s’étaient fortement endettées entre 1949 et les années 70 sans provoquer d’inflation. Michelin n’a pas eu peur de s’endetter à long terme plutôt que de se servir du marché boursier, et en est sorti leader mondial (aussi pour d'autres raisons.)
  • Pour les libéraux classiques, toute tentative d'intervention qui limite la liberté du marché (quel que soit le marché) est  forcement malsaine, et ne peut que causer des dommages, des manques à gagner, des délais, des couts induits. Le libre marché est forcement meilleur juge que tout jugement par l'esprit humain. C’est parfois vrai, mais parfois faux. 1929 et encore 2008 l’ont montré. Et cela dépend des industries, parce que cela dépend de la perception d'impunité dont nous avons déjà parlé (cliquez ici). Les produits ou services dont la vente se fait dans des conditions d'impunité faible ou nulle (boissons, cosmétiques...) se comportent bien dans une économie de libre marché, et c'est l'opposé quand des conditions de forte perception d'impunité, ou on a largement le temps de tricher avant que le marché ne s'en aperçoive (services publics, eau  municipale, énergie...)
  • Etc.

Dans le Projet TAN, nous ne cherchons plus à discipliner l'être humain pour qu'il réalise des objectifs fixés par le politique (tel qu'un taux de croissance imposé par le FMI).
Donc nous ne prétendons plus imposer un dogme de ce genre.

C'est pourquoi je parle d'une économie laïque.

Par contre, nous voulons profiter de ce que l'action humaine, qui reste libre bien sur, cherche toujours à échapper aux contraintes, en commençant par la contrainte fiscale, en guidant l’échappatoire dans un sens qui satisfait l’individu, tout en ayant un effet secondaire qui favorise la prospérité générale. (L’impôt sur le Revenu fait exactement le contraire.)

Exemples :

a.       Je veux payer moins de TVA, donc j’épargne et je consomme moins. Bons réflexes.

b.      Ayant épargné, et constatant que le revenu de mes investissements n’est plus taxé, j’investis. Bon réflexe.

c.       Comme mon investissement créatif d’activité et d’emplois n’est plus pénalisé dans le long terme et très long terme par l’accumulation des impôts futurs sur les revenus qui seraient payés par ses entreprises et par ses salariés, et comme l’amortissement fiscal ne vient plus m’encourager à investir à moins de 5 ans, je ne refuse plus d’investir dans les entreprises du très long terme (reconversion biocompatible). Bon réflexe.

d.      Mon entreprise est riche : Elle a un beau bilan avec un actif net très solide. Mais je veux évidemment payer moins de TAN. Je m’engage à ne pas la vendre pour bénéficier de la décote. J’investis en innovant, et à très long terme. Bon réflexe: Ainsi je dépense les liquidités de mon actif (qui seraient autrement TANés au maximum) pour les convertir en investissements productifs et de R et D (dont la valeur liquidative au bilan est dans l’immédiat beaucoup plus basse : La TAN que je dois baisse fortement.)

e.       Comme par tous ces comportements je remplace des actifs TANables à 100% par des créations d’emplois, qui eux-mêmes relancent l’économie et font reculer le chômage, je diminue le risque collectif résultant de la chute de l’économie. Celle-ci se stabilise. Il devient plus naturel de baisser les taux d’intérêt, ce qui est bon.

f.       L’investissement dans la reconversion biocompatible améliore le cadre de vie et recycle ce qui serait devenu des déchets. La consommation d’énergie baisse relativement. La demande d’habitations bon marché et énergétiquement neutres venant des salariés aux conditions modestes mais maintenant stables augmente, mais leur offre aussi.

g.      Comme la spéculation ne paye plus, les marchés financiers recommencent à proposer des produits d’épargne du type père de famille : moins de risques, rendements plus faibles mais surs, ce qu’il faut pour des fonds de pensions…

h.      Comme le chômage diminue, on peut maintenant efficacement reculer l’âge de la retraite et le déficit de la Sécu diminue aussi

i.        Comme le patrimoine net du pays augmente plus vite que le budget de l’État, je constate que la Cour des Comptes fait peu à peu baisser le taux de la TAN. Je suis favorablement conditionné par l’impression que les impôts baissent, comme le chômage. Il est plus attractif maintenant d’être auto-entrepreneur ou entrepreneur tout court. J’y encourage mes enfants, au lieu de les pousser à la chasse au diplôme et au statut.

j.        Etc.

Cela vous semble un paradis ? Mais la Suisse en est plus proche que nous…

Maintenant pourquoi je cite Walter Eucken ?

Parce qu’il disait : 

Liberté de l’entreprise autant que possible.

Intervention de l’État autant que nécessaire.

 Nécessaire pour quoi ? Pour sauvegarder la dignité humaine, évidemment.
Mais comme formule, cela  évoque "faire comme on peut et pour le mieux" qui me semble très laïc.

André Teissier du Cros