lundi 15 octobre 2012

A Florange, la finance triomphe malgré Montebourg et malgré un repreneur plus que qualifié.


Nous savons maintenant qu’aucun gouvernement, de droite ou de gauche, ne peut s’opposer à la financiarisation. Et que si par chance une entreprise hautement qualifiée pour reprendre une entreprise menacée, c’est cette entreprise qui sera désignée comme pas crédible malgré les mensonges dont la financiarisation nous abreuve.
Parlons un peu de l’histoire financière d’ArcelorMittal. C’est barbant, je sais, mais il faut vraiment que vous compreniez, à travers cette histoire, comment la financiarisation force nos gouvernements de gauche comme de droite à brader l’industrie française.
ArcelorMittal est gravement endetté parce que, en 2006, Mittal a payé et emprunté 26 milliards d’Euros pour racheter Arcelor. Disons-le tout net : Ce rachat n’avait aucun sens. Arcelor était de loin le leader mondial de l’acier, était rentable, et était en avance technologique dans plusieurs secteurs (tubes pour pipe-lines, acier inox, tôles pour l’automobile…).  Les artisans de cette fusion promettaient des lendemains qui chantent. Au lieu de cela, le cash-flow brut (revenu brut, EBITDA en jargon, ce qui veut dire bénéfice avant le service de la dette, avant impots et avant amortissement) qui était de 20 milliards d’Euros en 2008, tombe à 5 milliards en 2009 (crise financière exige…) et remonte péniblement a 9 milliards en 2011. Et ensuite (voir ArcelorMittal Overview-Trefis sur Internet), il rechute à 6 en 2012. Très mauvais. La fusion n'avait donc en rien augmenté la compétitivité de l'un ou l'autre de ses constituants. ArcelorMittal entreprend depuis 2008 des efforts pour que son cash-flow augmente par rapport au service de sa dette : couper les couts, resserrer les salaires, fermer les sites...  Mais pendant ce temps-là, le chiffre de la dette totale depuis 2006 a très peu diminué … et voici le plus grave : les intérêts de la dette, c’est-à-dire le cout de celle-ci, est passé de  10.9% en 2007 a 38% du revenu brut en 2011. Ce qui est très alarmant : aujourd’hui, Standard & Poor, Moody’s, et Fitch, ces vilaines agences de notation, ont en Novembre dégradé la note de ce groupe de BA1 à BAA3. Baa… la France elle-même n’est tombée que d’AAA à AA1 ! C’est une très, très mauvaise note qui veut dire : On n’a pas du tout confiance ; votre dette dépasse $23 milliards, vous devez vite réduire votre endettement d'au moins $5 milliards tout en continuant à améliorer votre cash-flow. En attendant,  bonjour les taux d’intérêts. Ce qui confirme plus que jamais que Mittal n’aurait jamais dû racheter Arcelor. Et maintenant Mittal est condamné à poursuivre une politique cannibale de restriction des dépenses à n’importe quel prix, comme le fait un ménage modeste qui baisse le chauffage dans son logement pour faire face à la note de gaz qui grimpe. Une fois de plus, comme avec Péchiney, France Telecom, la Compagnie Generale des Eaux, Rhone-Poulenc, Manoir Industries, ou meme Jallatte qui fut autrefois le leader mondial de la chaussure de sécurité, la financiarisation a tué l’entreprise.
Face à une telle situation que devait faire le gouvernement ? Dans les circonstances, c’était Arnaud Montebourg qui avait raison. Un repreneur de taille moyenne mais très sérieux, la société belge CMI, Dirigeant Bernard Serin, se portait acquéreuse. Bernard Serin est un ingénieur de la métallurgie qui sait de quoi il parle. Il a été ingénieur sur le site de Florange dans sa carrière, et le connait bien. Sa société, CMI, 3,400 salariés, est un leader de l’ingénierie et de l’équipement de la sidérurgie et fait 700 millions d’Euros de chiffre d’affaires. Tout seul, CMI était trop petite pour assumer cette reprise. Mais la Banque Publique d’Investissements nouvellement créée pouvait aisément suivre sa vocation en lui consentant un prêt à très long terme, et il avait déjà trouvé des alliés. CMI aurait pu donc raisonner à long terme au lieu d’être prisonnier du court terme comme l’est Mittal, un Mittal qui, on le sait d’avance, n’a ni les moyens, ni l’éthique, pour tenir ses promesses. Le repreneur pas crédible, c’est Mittal lui-même. Mais la finance commande, il n’y a rien de changé.
André Teissier du Cros

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