dimanche 14 avril 2013

Nous sommes en train de perdre la guerre mondiale contre la financiarisation. Mais nous pourrions encore la gagner.

L’industrie de la financiarisation est maintenant la plus puissante du monde. 
Cependant la France pourrait la vaincre définitivement en quelques étapes s’étalant sur dix ans environ,  avec l’aide ou l’approbation des principaux membres de l’UE.
Le magazine allemand Stern[1] publie une étude remarquable sur la puissance qu’a atteinte cette industrie, et explique pourquoi elle sait maintenant paralyser un gouvernement isolé. Chaque Européen devrait être conscient des faits exposés, qui montrent à quel point nous sommes en train de perdre une guerre mondiale contre cette industrie:
Le manque a gagner fiscal, donc le cout de l’évasion et de la fraude fiscale combinés pour tous les pays de la planète est de l’ordre de 2 trilliards d’Euros par an, soit 110% de la Production Intérieure Brute (PIB) de la seule France, et 16.4% de celle des USA (€12.1 trilliards). Pour la seule France, ce manque a gagner est de 80 milliards par an, soit environ 60% de plus que les seuls intérêts de la dette de notre pays.
Ceux qui mènent la guerre contre cette spoliation planétaire sont...


Ceux qui mènent la guerre contre cette spoliation planétaire sont les inspecteurs du fisc. En Europe, ils sont de moins en moins nombreux, et de plus en plus mal payés. Or l’armée qu’ils combattent est d’abord forte de quatre entreprises géantes qui sont les conseillers fiscaux, financiers, juridiques et comptables Ernst & Young (167,000 employés dans le monde), Deloitte (193,000), PriceWaterhouse-Coopers (180,000), et KPMG (145,000). Les plus grandes entreprises bénéficiant de l’évasion fiscale sont toutes clientes de l’un de ces quatre. Mais on compte en outre 90,000 conseillers fiscaux de taille non négligeable, pour assister les firmes plus modestes. C’est cette énorme profession qui dans son ensemble, dit Stern, décide combien d’impôts vont payer les entreprises et les fortunes privées les plus prospères, celles qui peuvent payer leurs services. Bien entendu les salaires payés par ces firmes sont franchement élevés : Méphistophélès a toujours pratiqué des salaires royaux. Et pour cause : Leur ensemble ne coute aux clients que quelques pour cent des impôts évités légalement car ces firmes ne travaillent pas en dehors des lois : Non ! Elles « optimisent » la charge fiscale (bel euphémisme) grâce à des montages juridiques permettant, de société écran à société écran dont certaines dans un des 71 paradis fiscaux les plus connus, de payer entre zéro et un minimum à chaque transaction. Et elles financent des recherches ! Celles-ci portent sur des modèles mathématiques de plus en plus savants qui piloteront des logiciels eux-mêmes plus ésotériques permettant d’automatiser la recherche du meilleur montage. Soyez mathématicien, c’est un métier d’avenir !
Remarquons pour couronner le tout que la fameuse troïka (Banque Centrale Européenne, Fonds Monétaire International et Commission Européenne) vient ajouter son armée de professionnels similaires, dont l’action est toujours au service de l’austérité, c’est a dire de la politique qui assure que la crise mondiale continue à profiter a la financiarisation.
Et quid des défenseurs de la loi fiscale ? Stern dit : « les administrations fiscales payent de plus en plus mal un nombre décroissant d’inspecteurs, et se comportent comme des gérants de supermarchés qui licencieraient leurs caissières pour faire des économies, puis s’étonneraient que leurs caisses soient vides. »
Pouvons nous gagner cette guerre au lieu de continuer a la subir avec fatalisme ? Oui. Voici comment, dans le cas de la France agissant seule, mais tenant informés ceux des pays que la démarche intriguerait, et Bruxelles bien sur.
L’arme secrète que nous utiliserons sera simple : Comme l’évasion fiscale consiste avant tout à éviter l’impôt sur le revenu sous toutes ses formes, nous allons... voir suite a



[1] Voir Courrier International du 11 Avril.