dimanche 19 août 2012

Nous vivons la soi-disant crise de l’Euro parce que l’UE n’a pas empêché l’escroquerie planétaire qui s’appelle financiarisation. Ce fut sa plus grande défaillance depuis 1957.

Considérez deux grandes entreprises françaises cotées en bourse : Total et l’Oréal.  Imaginez que les chimistes de l'Oréal soient coupables d'une négligence compromettant gravement la qualité de leurs cosmétiques. Dans les huit jours, des millions de femmes s'en aperçoivent quand des boutons apparaissent sur leur peau même. Un tollé général explose. Aussitôt, vous vous en doutez, les actions de l’Oréal chutent. C’est pourquoi chez l’Oréal on ne plaisante pas avec le contrôle qualité.
Mais supposez qu’un jour Total exploite les gaz de schiste dans le Languedoc. Rien ne se passe d'abord : Les craintes exprimées par les écologistes semblent non justifiées...

 Pendant des années, les lubrifiants biodégradables du forage, qui, lentement, se sont accumulés dans le sous-sol, commencent à nourrir une espèce de Fungi (Champignon unicellulaire). A partir d’une certaine densité, dans une quinzaine d’années, ces Fungi commencent eux-mêmes à alimenter la formation et la croissance d’une bactérie insoupçonnée. Cette bactérie, remontant lentement vers la surface, s’attaque aux racines de la vigne. Ce qui n’était pas prévu. La vigne est malade. Il faut quelques années pour désigner la bactérie responsable et son origine. Une origine que Total et autres pétroliers contesteront bien sur : de beaux procès en perspective. Eh bien, pendant tout ce temps-la, l’action de Total aura bougé à la hausse, nourrie par la formidable croissance des revenus gaziers.
Quelle est la différence entre Total et L’Oréal, deux entreprises dirigées en vertu des principes classiques de l’économie de marché et de la gestion décrite par tous les médias comme prudente et raisonnable ? C’est la perception d’impunité. Elle a été ainsi désignée par son inventeur, le Prof.  Léopold Kohr. Il fut le professeur d'Ernst Friedrich Schumacher qui vulgarisa les concepts de Kohr dans le fameux best seller Small is Beautiful. Kohr a, entre 1935 et 1957 (The Breakdown of Nations), publié la description du mode de vie autarcique, en cycle fermé privilégiant les échanges locaux, que tous les Verts du monde défendent aujourd'hui. C'est cette perception d'impunité qui est derrière la fantastique explosion du pillage de la planète et de l'humanité par la financiarisation et titrisation, depuis en gros 1980. Dans l'industrie financière, la perception d'impunité est maximale.
Tous les médias se font l’écho des grands financiers de la planète pour expliquer que la monnaie unique était une grave erreur parce que l’UE n’avait pas mis en place une gouvernance commune des budgets, des impôts et des déficits (donc de l’endettement) qui aurait permis d'éviter que les différences de compétitivité soient compensées par l'endettement; ce qui semble évidemment du bon sens.
Ces médias omettent cependant de remarquer que les États-Unis, qui sont une fédération d’États ayant  mis en place depuis 1913 un gouvernement fédéral ayant cette autorité, sont nettement plus endettés que l’UE.
Surtout, ils omettent de vous dire que, si chaque pays de la zone Euro avait évité de s’endetter raisonnablement, comme la fait la Finlande par exemple, au lieu de pratiquer 15 à 30 ans de déficits comme ce fut le cas pour la plupart d’entre eux, jamais il n’y aurait eu de crise de l’Euro. Et que la Grande Bretagne, qui n’est pas membre de l’Euro, souffre cependant des mêmes maux que nous pour les mêmes raisons: déficits et endettement non maitrisés
Mais il y a plus grave : Ces financiers savent que, tant que les médias crient au loup et font planer un doute grave sur la capacité de l’UE à sortir de cette crise, le taux libre auquel ils peuvent prêter à l’Espagne, à l’Italie, au Portugal restera élevé : 4 à 7%, contre des taux négatifs à l’Allemagne et aussi à la France. Ce taux résulte de ces inquiétudes généralement partagées, même si elles ne sont pas vraiment justifiées. Ainsi, alors même que ces taux aggravent encore le fardeau supportée par la majorité des Européens, ceux dont le pouvoir d’achat est le plus modeste, ils accroissent les profits déjà scandaleux que l’industrie financière réalise, et dont elle fait bénéficier les investisseurs les plus fortunés. Et de fait leur richesse n’a jamais grandi aussi vite qu’aujourd’hui, au cœur même de cette crise, comme cela apparait dans les classements de Fortune pour les plus grosses fortunes mondiales, et de Challenge pour les françaises.


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