mardi 22 mars 2011

Les Français se comportent comme s’ils étaient les salariés et non pas les actionnaires de l’Entreprise France.

Regardons le bilan de la France comme si le peuple français travaillait pour une seule et même entreprise, dont l’État serait la direction générale, et suivons les conséquences de ce raisonnement, qui réserve des surprises.
Le patrimoine des contribuables personnes physiques et morales s’élève en 2010 à 12,000 milliards d’Euros, et celui de l’État à 700 milliards. Celui des ménages seuls s’élève à 9,600 milliards soit un patrimoine par tête d’environ 150,000 Euros (ou 375,000 Euros par foyer, voir Surf-Finance). Ce qui justifie l’évaluation du regretté Jacques Marseille en 2009 : Les Français sont en terme de patrimoine privé par tête (richesse nette ou actif net) au 3e rang dans le monde. Des évaluations du Crédit Suisse les mettent plutôt au 5e rang. De toute façon, mieux que le 10e rang.
Le PIB, c'est-à-dire la Valeur Ajoutée de l’entreprise France résultant du travail de tous les Français, s’élève environ à 2,100 milliards. Cela fait à peu près 33,000 Euros par tête. Je pense que ce ratio ne signifie plus grand-chose sauf à le comparer au salaire médian de 19,000 Euros/an majoré des charges sociales employeur : En effet une entreprise moyennement compétitive génère une Valeur Ajoutée de 1.5 à 2.0 fois la masse salariale charges comprises, variant selon l’activité, tout en payant des salaires au moins décents. Ces chiffres de 19,000 et d’environ 1.5 confirment la position moyenne de la France en Europe, moins compétitive que l’Allemagne (championne du monde, rappelons le), mais plus que la Pologne ou même – de peu – que l’Italie. Pour faire mieux, il faudrait que l’Entreprise France investisse et innove, l’innovation étant un investissement à très long terme créateur de nouveaux débouchés.
La dette publique française, donc non compris les dettes individuelles privées, est de 1,500 milliards. Elle a franchi les 80% du PIB au printemps 2010, et augmente de 50 milliards par an.
Cette augmentation résulte pour 85% de celle de la dette de l’État proprement dit, et pour 15% de celle de la Sécurité Sociale (Wikipedia). Les Français eux-mêmes restent relativement peu endettés, comme le rappelait Les Echos il y a un an : Par rapport à leur revenu, leur endettement est passé de 66% en 2006 à 77% aujourd’hui, soit 11 points de plus. Mais comme le patrimoine augmente d’environ 4% par an (tendance lourde sur 25 ans), l’endettement par rapport à l’actif est plutôt en diminution. Pendant que l’État est pauvre, ne s’enrichit pas, mais s’endette, les Français, eux, s’enrichissent malgré un plafonnement des salaires, et réduisent leurs dettes relativement à cette richesse.
Cette situation – une population riche, peu endettée, mais mal payée - devrait susciter des créations d’entreprise par ceux qui veulent reconquérir leur valeur ajoutée. C’est le cas : Il se crée 50,000 entreprises par mois, auto-entrepreneurs compris ; et 20,000 sans ceux-ci, chiffres en très légère hausse. (Répertoire SIRENE).
Cette situation exprime une opportunité : On pourrait financer ou refinancer une bonne partie de la dette extérieure en faisant appel à l’épargne des Français grâce à un grand emprunt. C’était le projet proposé par Michel Rocard et Alain Juppé à la présidence en 2008-2009. Il a fait long feu : les Français n’ont pas confiance. Et on les comprend : Pourquoi prêter à un État qui n’arrive pas à équilibrer ses comptes ni à redresser sa balance des paiements, qui continue à s’endetter, et qui n’a pas de projet sérieux pour en sortir?
2012 est l’occasion de proposer aux Français une politique nouvelle et surtout crédible. Elle commencerait par la mise en place d’un mécanisme souverain interdisant à l’État et aux Régions que le budget public augmente plus qu’une limite fixe, comme d’ailleurs le souhaitent les Allemands. Donc elle garantirait une réduction progressive de la dette et de la pression fiscale. Je suis convaincu qu’on assisterait à un changement d’attitude, et que les Français se comporteraient en actionnaires, et non plus en salariés cherchant à tirer encore un petit avantage, privilège, congé ou autre bénéfice de leur boite en train de couler : L’État pourrait alors lancer un vraiment grand emprunt, bien supérieur aux 35 milliards ou même 100 milliards auxquels pensaient les auteurs du projet, à 30 ans et à bas taux mais sécurisé (je pense plutôt comme exemple au 2e Emprunt Pinay de 1958). Il serait destiné à une grande restructuration de la dette extérieure en même temps qu’au lancement de quelques grands projets, tous choisis en raison de leurs doubles retombées sur la productivité de notre économie et la création de nouvelles industries.
Ainsi la création ab nihilo d’Airbus Industrie, projet extrêmement ambitieux et à très long terme, avait couté à ses partenaires, tous investissements et pertes cumulées inclus, environ 25 milliards d’Euros d’aujourd’hui. La dette correspondante fut garantie par les États partenaires. Le cout de la filière nucléaire grâce à laquelle la France est exportatrice d’électricité fut autrefois du même ordre. Demain, de tels grands projets seront dans l’habitat et le transport énergétiquement neutre ou très économe, dans les procédés économisant l’énergie et les matières premières dont la consommation est destructrice d’écosystèmes, dans la production d’énergie décentralisée, dans le sauvetage de la nappe phréatique, etc. Ces projets ne manqueront pas, et la croissance, tirée non pas par une consommation accrue mais par des investissements créateurs d’emplois, suivra.
Mais l’Entreprise France doit d’abord rétablir la confiance de ses actionnaires les Français. C’est la grande question pour 2012.