mardi 15 juin 2010

Le Capitalisme n’existe pas. Donc ce n’est pas une crise du Capitalisme que nous vivons.

C’est Karl Marx qui inventa le néologisme ‘Capitalisme’ dans son grand ouvrage ‘Das Kapital’. Son analyse a fait le tour du monde. 
Elle exprimait d’abord une vérité profonde : L’aliénation de la majorité (les ‘travailleurs’) dans les rapports économiques imposés par le libéralisme économique (qui, lui, existe bel et bien : propriété privée, libre entreprise, libres échanges, liberté d’association...). Mais aussi une erreur fondamentale : La théorie de la plus-value. 
Elle prenait pour évident que la valeur d’une marchandise n’est rien d’autre que le salaire du travail pour la produire. Elle ignorait complètement ce qu’on savait depuis 1776 (Adam Smith) des lois du marché, lesquelles lois, elles, lui ont largement survécu. Si Marx avait eu raison, on devait assister à une paupérisation absolue de la masse et à un enrichissement absolu de la minorité (les ‘Capitalistes’ toujours plus riches, toujours moins nombreux, concentrant toujours plus de pouvoir.) Un tel système étant évidemment intenable, donc une révolution était inévitable, disait Marx, d’abord en Angleterre, puis en Europe. L’erreur de Marx semblant avoir été démontrée par l’histoire, les Anglo-saxons se sont emparés du terme ‘Capitalisme’ pour designer un système en évolution graduelle, remarquablement décrite dans l’ouvrage Managed by the Market – How Finance reshaped America de Gerald F. Davis (University of Michigan) : D’abord libéralisme classique et généralisé ; ensuite système politico-économique de plus en plus gouverné par la grande entreprise pour le bien de tous par définition ; puis depuis 1980, gouverné par le marché boursier, celui-ci étant devenu global ; un marché boursier par lequel le détenteur d’actions est théoriquement à l’origine du pouvoir légitime, ce pouvoir s’étendant bien au delà de l’industrie pour atteindre la banque, les services, l’agriculture, les assurances vieillesse et santé, voire même les services publics (infrastructure, équipement, santé, éducation, prisons, même armée et police…) donc peu à peu tous les instruments du pouvoir politique contrôlant la vie civile elle-même.
Allait-on réaliser le vieux rêve libertarien d’une société sans État ? Non ! Car ce marché boursier n’a plus rien à voir avec la sacro-sainte Loi du Marché, puisqu’on peut le manipuler en secret – entre initiés - en préparant le prochain Buy Back ou rachat de ses propres actions, avec les effets escomptés sur leur cours. 
Ensuite, en raison d'une autre évolution (ou dégradation ?) ce que nous appelons dans nos thèses le ‘stock-optionisme’. Cette fois, le pouvoir n’est même pas détenu par des détenteurs d’argent puisqu’on peut spéculer et s’enrichir avec l’argent des autres sans même leur demander la permission. On s’enrichit de toute manière et sans risques, puisque la spéculation sait gagner à la baisse comme à la hausse, donc permet de s’enrichir en détruisant des richesses au lieu d’en créer ; et sans plus prendre de risques, puisqu’on gagne sur tous les tableaux. 
Ce qui explique les fortunes véritablement vertigineuses qui se sont créées en 15 à 30 ans, qui se disaient justifiées par une création de richesse totalement fictive – une ‘bulle’ – démontrant à l’échelle planétaire la privatisation des profits et la passation des pertes sur le dos des contribuables, des salariés et des petits porteurs ; même ceux qui faisaient naïvement confiance à des Pension Plans solidement ancrés, semblait-il, dans des Funds (SICAV) apparemment en béton. 
Enfin, par une ultime dégénérescence : La securitization, par laquelle on spécule avec des instruments fictifs, créés de toute pièce, qui convertissent en instrument négociable, proposé au marché, n’importe quel risque même de nature totalement incertaine, tout en s’assurant à coté contre la position qu’on a proposé sur ce risque puisque on peut travailler sur plusieurs ‘métiers financiers’ à la fois, au défi des conflits d’intérêts les plus évidents. Il est évident que la crise actuelle, donc, n’a plus rien à voir avec les maladies d’une économie libérale quelconque. Ou alors il faudrait réhabiliter et saluer Al Capone, grandiose précurseur, qui le premier démontra comment faire du crime une industrie franchisable et exportable, dans laquelle on pouvait investir par des actions et obligations, et parler d’ ‘Alcaponisme’… 
Remarquons quand même que - curieux retour des choses d'ici-bas - Karl Marx a finalement raison depuis les années 80: En effet, les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres depuis la grande dérégulation des marchés financiers qui a débuté en 1978 et s'est conclue en 1991.  
Donc il faut qu'on s'en sorte. Sinon nous allons vers la rupture du consensus civique et social, de la confiance dans le pacte républicain, avec les pires conséquences possibles.
Le remplacement de toute forme d’impôt sur le Revenu par un impot progressif (1,25 à 3%) sur le patrimoine des personnes physiques (Taxe sur l'Actif Net) permettra de limiter les inégalités, de favoriser l'entrepreneur plutot que le rentier, de libérer les classes moyennes et les PME du frein de l'IRPP/CSG et de l'IS, et de financer par l'épargne publique ainsi libérée les investissements à très long terme.

1 commentaire:

  1. Very interesting observations. The auto translation was a bit rough, but I was able follow enough to understand and appreciate your central theme.

    RépondreSupprimer