mercredi 15 juillet 2015

Notre increvable Union Européenne a encore gagné. Mais croire qu'on peut continuer ainsi, c'est là l'utopie.

Depuis 1958 qu'on la pratique, la technique est au point. Quand les responsables européens ne sont pas d'accord, on les enferme dans une salle de conférence et ils ne sortent pas tant qu'ils ne sont pas unanimes, avec un papier signé. En attendant ils ont droit à des boissons, des sandwichs, et maintenant à des tablettes les liant au monde entier par texte et voix. Les négociateurs en sortent aphones, les yeux cernés, le teint verdâtre mais souriants - vous n'avez qu'à voir les photos de Hollande, Juncker, Merkel, Dijsselbloem, Tusk et Tsipras après l'ultime round de Dimanche à propos de la dette grecque. Cette fois, c'est le Polonais, Donald Tusk, un nouveau dans ces marathons, qui a dit à Merkel et Tsipras: Personne ne sort d'ici tant qu'on n'a pas un compromis. On apprend vite en Pologne... 
Oh, ce n'est pas fini. Bien sur on ne parle plus de Grexit ni de Plan B, le CAC40 est remonté à 5 000, l'Euro a trembloté autour de 1,105 dollars, les indices boursiers U. S. sont montés juste un brin pour remarquer poliment l’événement... Ouf! Est-ce tout? Business as usual?
Oui, pour le moment. Retenons-en encore que chaque fois que des responsables européens sont forcés, le dos au mur, de décider si oui ou non ils veulent plus ou moins d'Europe, si oui ou non ils veulent en sortir, donc forcés de réaliser ce que serait le vrai coût de leur sortie pour leur pays et pour les autres, que cela leur plaise ou non, c'est l'Europe qui gagne. Et vous verrez que, quand ce sera le tour du Royaume Uni, ce sera la même chose.
Mais les Grecs, alors, ils vont la payer, leur dette de 320 milliards? 
Et nous, on va la payer, notre dette de 2 000 milliards? 
Et les Etats Unis, ils vont la payer, leur dette de 13 000 milliards? (Cela fait €40 000 par américain!)
Et l'humanité, elle va la payer, la dette mondiale de 56 500 milliards? 
La Grèce payera les échéances immédiates, grâce à une restructuration comprenant des facilités pour payer ces échéances - emprunter à la banque X pour payer le FMI ou la banque Y - que les négociateurs sont d'accord pour proposer aux gouvernements et parlements. C'est tout. 
Mais croire que l'Europe peut progresser encore ainsi, c'est de l'utopie à plusieurs volets.
L'utopie d'abord, c'est de croire que tout est la faute à un grand méchant loup particulier: Merkel, Tsipras, la Troïka, Junckers, le FMI... Tous ces acteurs sont consternés par le résultat, et par la boucherie qu'il a fallu faire pour y arriver. Cette utopie-là, laissons-la aux extrémistes populistes.
L'utopie est de croire que cette dette mondiale, qui augmente de 100 000 euros à la seconde, peut encore avoir un sens physique ou comptable. 
L'utopie, c'est de croire que les Français, les Grecs, les Allemands, les Européens, les Américains, le monde, peuvent continuer comme ça. 
Pour le toucher du doigt, nous vous proposons deux lectures d'été:

mercredi 1 juillet 2015

L'économie n'est pas une science. Ni à Athènes, ni à Bruxelles, ni à New York.

Par conséquent aucun pouvoir politique n'a le droit d'imposer au peuple d'une nation une politique qui appliquerait des prétendues lois de l'économie; ni de légiférer ou de signer des traités dans le même but. La crise de la dette grecque, étant exemplaire pour les Européens, les Américains et autres pays abusivement endettés, est l'occasion de le rappeler.
Avant d'affirmer pourquoi l'économie n'est pas une science, j'ai consulté un expert incontesté: le Dr. Nayla Farouki, historienne de la philosophie, spécialiste de l'histoire des sciences, des religions, des idées et des concepts, auteure entre autres du Dictionnaire des Sciences et des Techniques (avec Michel Serres). 
Elle a écrit dans La Foi et La Raison  - Histoire d'un Malentendu (Flammarion) ces lignes dont la sagesse est permanente:
Toute généralisation abusive d'une connaissance donnée sur un comportement humain donné peut être la source d'une standardisation arbitraire et donc totalitaire. Ce danger existe d'une matière diffuse dans les sciences de l'homme, à chaque fois qu'elles oublient l’être humain en tant que "personne" et s'acharnent à le remplacer par un concept transcendantal anonyme, tel que citoyen, individu, consommateur, cadre, chômeur...
Voulant être sur de mon interprétation, je lui ai téléphoné pour bien vérifier que parmi les sciences humaines elle incluait l'économie. 
Elle m'a répondu: ...

lundi 22 juin 2015

Comment la Taxe sur l’Actif Net (TAN) rendra obsolètes les paradis fiscaux et découragera la fraude et l‘évasion fiscale.

Article du 20 Février 2014, mis à jour le 23 Juin 2014 puis le 22 Juin 2015.

L’acte fondateur des paradis fiscaux fut voté par la Chambre des Communes britannique en 1929.  
Le drapeau de la Démocratie
Parlementaire 
des Iles Cayman, membre du 
Commonwealth britannique.


Il créait le concept de la société offshore, c'est-à-dire de la société enregistrée dans un pays, mais dont les actionnaires n’étaient pas résidents de ce pays. Bien entendu l’intention n’était pas a priori d’éviter l’impôt, mais de simplifier la gestion d’une même entreprise ayant des intérêts multinationaux. Cependant, sans cette liberté nouvelle de créer une société "offshore" (dans un autre pays), le paradis fiscal n’existerait pas. La notion même en était inconnue avant 1929. Rappelons que l’Impôt sur le Revenu existe en France depuis 1914, et dans la plupart des pays développés depuis le début du 20e siècle. On peut donc affirmer que, avant la création de l’impôt sur le Revenu, la notion même de paradis fiscal n'existait pas.
La société opérant dans un paradis fiscal (SPF) permet à ses actionnaires d’éviter l’impôt sur le revenu dû par une autre société dans leur pays d’origine, parce qu’elle peut acheter et revendre pour le compte de ces actionnaires, en faisant apparaître le profit global là où il ne sera pas ou le moins taxé, c'est-à-dire dans ce paradis fiscal. 
Le profit ainsi réalisé par la SPF peut à son tour être réinvesti dans d’autres entreprises, sociétés, trusts et fonds divers d’investissements, sous la direction de ses actionnaires. De tels montages sont le rôle des Offshore Financial Centres (OFC) ou centres financiers d'outremer, dont le rôle et le poids politique grandissent chaque année.
Je cite ici Richard Murphy, expert britannique reconnu, auteur du rapport du Tax Justice Network à la Chambre des Communes de Juin 2008 :

mardi 16 juin 2015

Bras de fer avec l'Allemagne - Les silences de Thomas Piketty.

Dans Marianne du 12 Juin, Thomas Piketty, dans un long et vigoureux interview, exige du gouvernement français qu'il sauve vite la Grèce, et l'Europe avec, en engageant immédiatement un bras de fer avec l'Allemagne. Il accuse celle-ci d'imposer la politique d'austérité à l'Union Européenne. Il faut y mettre fin "démocratiquement". Immédiatement, car le 30 Juin il sera trop tard: La Grèce sera condamnée à sortir de l'Euro, et à accepter une faillite avec ses conséquences. Le coupable en sera l'Allemagne bien sur, et encore plus la France, qui seule aurait pu fédérer la résistance aux soi-disant exigences allemandes et ne l'a pas fait, alors qu'elle aurait facilement trouvé des alliés.
Dans la position de Piketty on peut distinguer trois sortes de faits et arguments, un grand silence, et une condamnation:
  1. Ce qui est l'exacte vérité, avec l'autorité d'un historien de l'économie maintenant réputé.
  2. Ce qui serait vrai si la Grèce était un pays européen comme les autres.
  3. Ce qui est totalement faux, et relève du populisme digne de l’extrême gauche ou de l’extrême droite.
  4. On n'y trouve pas le plus important, comme par hasard: Ce qu'est la Grèce; ce qu'est devenu une monnaie fiduciaire.
  5. Quant au fonds de l'accusation, il tient en deux mots: pas démocratique. Ce qui justifierait la condamnation gravissime et sans appel.
Là où il a raison: 

jeudi 11 juin 2015

Philippe Manière, qui se dit libéral, pense que cupidité et esprit d'entreprise vont ensemble.

Pourquoi devrais-je me soucier des générations futures?
Qu'ont-elles fait pour moi, les générations futures?
Groucho Marx


C'est ce qu'il expose dans le magazine Challenges du 11 Juin. Il dit que les Français sont réfractaires à la cupidité, donc à l'esprit d'entreprise, pour trois raisons connues depuis des lunes: Ils sont catholiques; ils sont influencés par le socialisme marxiste; ils sont étatistes. 
Et bien entendu ils ont tort. 
Ce pourquoi la France est l'homme malade de l'Europe, credo évident et ancien de tous les libéraux, que j'entendais déjà quand j'avais quinze ans.
Mais la cupidité est tout le contraire de l'esprit d'entreprise.
L'esprit d'entreprise perçoit l'argent comme un outil d'échange, un moyen dans la poursuite d'un but: construire l'entreprise qui crée des richesses pour tous et qui survit en étant compétitive. L'argent doit rester dans l'entreprise pour être investi, pour financer la recherche, pour produire efficacement, pour gagner des parts de marché, pour retenir et entretenir les savoir-faire des employés en les payant bien, en les formant, et en les faisant participer à un projet. Le vrai entrepreneur se paye très correctement mais sans plus. Il se payera vraiment un jour quand, préparant sa retraite, il vendra son affaire à ses successeurs, de préférence déjà cadres de sa firme, donc connaissant la stratégie et le métier.
L'esprit cupide considère...

dimanche 7 juin 2015

Laurent Joffrin, Challenges et Alternatives Economiques, TTIP: Trois bonnes nouvelles pointant dans la même direction.

Il y a des moments ou je me sens optimiste. Bien que cela devienne difficile à mon age. 
Pour trois raisons ces jours-ci.


(I) Vous devez absolument lire le dernier livre de Laurent Joffrin Le Réveil Français (Stock). 
A un moment ou la grande mode en France est de débiner tout ce qu'est et tout ce que fait notre nation (voir Agnès Verdier-Molinié, Eric Zemmour, Alain Finkielkraut, Nicolas Baverez...), voici un auteur remarquablement bien documenté qui explique que la France d'aujourd'hui a des atouts. Elle applique des politiques. Elle entreprend des réformes. Elle crée des entreprises, qui souvent innovent. Elle éduque des jeunes qui, une fois diplômés, sont appréciés dans le monde entier. Ce qui explique pourquoi, malgré tous ces Cassandre, elle continue à emprunter à des taux de misère. Elle reste considérée par l'ONU et l'OTAN comme un allié sérieux qui gagne de la crédibilité plutôt que le contraire. Son 5e rang dans le peloton de tête du Monde Libre n'a pas changé depuis 1913. Elle influence la politique européenne, en général avec l'Allemagne et les autres membres du noyau dur de l'UE, dans les bonnes directions
  • Maintenir l'Euro. 
  • Faire tant bien que mal progresser la discipline financière et budgétaire vers l'objectif fédéral, qui est celui des Européens depuis 1950 et n'a jamais changé malgré les graves accidents de parcours inspirés depuis 1980 par le néolibéralisme, dont l'Allemagne à son tour devient consciente. 
  • Faire de l'Europe le continent qui défend le supplément d’âme contre la loi du marché. Protéger l'art et le temps de vivre contre la compétitivité par les seuls bas salaires. 
  • Protéger le cadre de vie, les écosystèmes et autres ressources naturelles contre la précarité financiarisée à n'importe quel prix. 
Bref une Europe préférant l'objectif d'humanité à celui du PIB maximal et de l'indice des cours de bourse. 
Evidemment tout n'est pas parfait dans cet ouvrage. J'ai regretté que Laurent Joffrin, qui continue à chercher une vertu dans les Impôts sur le Revenu, n'ait pas encore lu chez nous que le remplacement de ces impôts par une Taxe générale sur l'Actif Net permettrait enfin de réduire les inégalités au lieu de les amplifier automatiquement, de mobiliser les épargnes dormantes dans l'investissement à très long terme que la fin de l’Impôt sur le Revenu rendrait enfin rentable, et de rendre enfin obsolètes les paradis fiscaux qui n'existent depuis 1929 seulement pour permettre d'échapper à ce mode d'imposition.

vendredi 29 mai 2015

David Cameron a - encore - rendu un grand service a tous les citoyens de l’UE.

Opinion personnelle d’André Teissier du Cros

L'an dernier, j'expliquais déja ici pourquoi David Cameron protestait que la nomination de Jean-Claude Juncker au poste de Président de la Commission européenne était alors "antidémocratique".
Le gouvernement de l’UE, disait-il, fut fondé sur le respect de la souveraineté de chaque Etat membre. Ce respect est spectaculairement visible à un moment très précis : Quand le conseil des Etats-membres désigne le nouveau Président de la Commission par consensus unanime et non pas par vote. 
Donc la souveraineté de la moindre des nations est respectée, puisqu’une seule d’entre elles peut bloquer la nomination d’un candidat en refusant de rejoindre le consensus. Or le gouvernement de chaque nation-membre a, lui, été démocratiquement élu. Donc le consensus unanime de 28 nations membres impose le respect de la volonté de chaque gouvernement démocratiquement élu. 
Donc, tant que le consensus est respecté, l’UE est démocratique. Mais si n’importe laquelle des nations membres, la Grande Bretagne par exemple, refusait de se joindre au consensus pour nommer un Président dont le groupe parlementaire a eu le plus de votes aux élections européennes, savoir Jean-Claude Juncker leader du PPE, et y mettait son veto à l’appui, alors pour la première fois dans l’histoire, le Parlement européen avait prééminence sur les Etats-Nations membres.
Donc ceux-ci ne n'étaient plus souverains !
Or le respect de cette souveraineté...

dimanche 17 mai 2015

L'editorial de l'Economist de Londres sur les intérêts déductibles des dettes apporte beaucoup d'eau à notre moulin

Le célèbre Economist de Londres (15 Mai, couverture) explique comment la pratique des intérêts déductibles des dettes encourage un accroissement perpétuel de l'endettement général. Déductible de l’Impôt sur le Revenu bien sur... Mais si cet impôt est aboli (remplacé par le Projet TAN) que se passe t-il?


Document The Economist
L'économie mondiale, dit-il, est en train de crouler sous le poids, non pas simplement de la dette supportée par les pays, les institutions et banques, les entreprises et les contribuables, mais sous celui de l'accroissement de cette dette, encouragé par le fait que, de plus en plus, les intérêts dus sont déductibles. 
Déductibles de quoi? De l’impôt sur le revenu bien sur. Sur le revenu de chaque catégorie d'emprunteur...
"Cette déduction des intérêts, dit l'Economist, n'est rien d'autre qu'une subvention aux emprunteurs." Il publie des estimations sérieuses: "En 2007, en Europe avant la crise financière qui poussa à une réduction des taux d’intérêts, la valeur annuelle des revenus fiscaux abandonnés du fait de la déductibilité atteignait environ 3% du PIB soit 510 milliards de dollars, et aux Etats Unis 5% et 725 milliards. Autrement dit, nos gouvernements des deux cotés de l'Atlantique dépensaient plus à réduire le coût de la dette que leur budget militaire. 
Même aujourd'hui, continue t-il, avec des taux d’intérêts proches de zéro, cette déductibilité coûte encore à Washington 2% du PIB. Soit plus que la totalité des dépenses de transfert de revenus pour aider les plus démunis."
Mais ce n'est que le début des dégâts: La déductibilité encourage...

lundi 20 avril 2015

Qu’est-ce qu’un être humain ? En tout cas pas celui pour lequel nos institutions furent conçues.

Tous nos malheurs viennent de ce que nous ne savons pas ce que nous sommes, 
et ne pouvons nous mettre d'accord sur ce que nous voulons être.
Vercors
(dernière mise à jour le 28 Avril 2015.)

Cet article reste le 3e plus lu de notre site depuis sa création, et a suscité des discussions publiques intéressantes. Les dernières ont confirmé qu’il n’existe pas de consensus face à cette question, et que Vercors continue à avoir raison 60 ans plus tard. 
Doc. Lascaux-photo

Je le mets donc à jour pour continuer le débat.
Nos institutions (démocratie, république, état de droit, séparation des pouvoirs, bicaméralisme, suffrage universel…) ont été mises en forme entre le 17e et 18e siècle sur des hypothèses fausses, quant à ce que nous sommes.
Ces hypothèses sont :