L’industrie de la financiarisation est maintenant la plus
puissante du monde. Cependant la France pourrait la vaincre définitivement en quelques
étapes s’étalant sur dix ans environ, avec l’aide ou l’approbation des principaux membres
de l’UE.
Le magazine allemand Stern
publie une étude remarquable sur la puissance qu’a atteinte cette industrie, et
explique pourquoi elle sait maintenant paralyser un gouvernement isolé. Chaque Européen
devrait être conscient des faits exposés, qui montrent à quel point nous
sommes en train de perdre une guerre mondiale contre cette industrie:
Le manque a gagner fiscal, donc le cout de l’évasion et
de la fraude fiscale combinés pour tous les pays de la planète est de l’ordre
de 2 trilliards d’Euros par an, soit 110% de la Production Intérieure Brute (PIB)
de la seule France, et 16.4% de celle des USA (€12.1 trilliards). Pour la seule
France, ce manque a gagner est de 80 milliards par an, soit environ 60% de plus
que les seuls intérêts de la dette de notre pays.
Ceux qui mènent la guerre contre cette spoliation planétaire
sont les inspecteurs du fisc. En Europe, ils sont de moins en moins nombreux,
et de plus en plus mal payés. Or l’armée qu’ils combattent est d’abord forte de
quatre entreprises géantes qui sont les conseillers fiscaux, financiers,
juridiques et comptables Ernst & Young (167,000 employés dans le monde),
Deloitte (193,000), PriceWaterhouse-Coopers (180,000), et KPMG (145,000). Les
plus grandes entreprises bénéficiant de l’évasion fiscale sont toutes clientes
de l’un de ces quatre. Mais on compte en outre 90,000 conseillers fiscaux de
taille non négligeable, pour assister les firmes plus modestes. C’est cette énorme
profession qui dans son ensemble, dit Stern, décide combien d’impôts vont payer
les entreprises et les fortunes privées les plus prospères, celles qui peuvent
payer leurs services. Bien entendu les salaires payés par ces firmes sont
franchement élevés : Méphistophélès a toujours pratiqué des salaires
royaux. Et pour cause : Leur ensemble ne coute aux clients que quelques
pour cent des impôts évités légalement car ces firmes ne travaillent pas en
dehors des lois : Non ! Elles « optimisent » la charge
fiscale (bel euphémisme) grâce à des montages juridiques permettant, de société
écran à société écran dont certaines dans un des 71 paradis fiscaux les plus
connus, de payer entre zéro et un minimum à chaque transaction. Et elles financent
des recherches ! Celles-ci portent sur des modèles mathématiques de plus
en plus savants qui piloteront des logiciels eux-mêmes plus ésotériques
permettant d’automatiser la recherche du meilleur montage. Soyez mathématicien,
c’est un métier d’avenir !
Remarquons pour couronner le tout que la fameuse troïka
(Banque Centrale Européenne, Fonds Monétaire International et Commission Européenne)
vient ajouter son armée de professionnels similaires, dont l’action est
toujours au service de l’austérité, c’est a dire de la politique qui assure que
la crise mondiale continue à profiter a la financiarisation.
Et quid des défenseurs de la loi fiscale ? Stern dit :
« les administrations fiscales payent de plus en plus mal un nombre décroissant
d’inspecteurs, et se comportent comme des gérants de supermarchés qui
licencieraient leurs caissières pour faire des économies, puis s’étonneraient
que leurs caisses soient vides. »
Pouvons nous gagner cette guerre au lieu de continuer a
la subir avec fatalisme ? Oui. Voici comment, dans le cas de la France agissant
seule, mais tenant informés ceux des pays que la démarche intriguerait, et
Bruxelles bien sur.
L’arme secrète que nous
utiliserons sera simple : Comme l’évasion fiscale consiste avant tout à éviter
l’impôt sur le revenu sous toutes ses formes, nous allons... voir suite a